Markus Leitner est un homme très occupé. Depuis la frappe américaine qui a tué le major général Qassem Soleimani le 3 janvier à Bagdad, l’ambassadeur de Suisse en Iran remplit à plein son mandat de messager entre Téhéran et Washington. Le récit de ses allées et venues qu’en donne le Wall Street Journal est édifiant.

Par fax crypté

Le 3 janvier, dans les minutes qui suivent la mort du responsable des opérations extérieures des Gardiens de la révolution, Markus Leitner reçoit une note via le fax crypté de la représentation suisse. Les Etats-Unis mettent en garde les Iraniens contre toute escalade. C’est ce message que l’ambassadeur remet en mains propres au ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif.

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Quatre jours plus tard, la diplomatie helvétique joue de nouveau son rôle de courroie de transmission. Les représailles iraniennes à peine achevées – une série de frappes vise des bases en Irak où stationnent des soldats américains, sans faire de victimes – la République islamique envoie un message urgent: la rétorsion s’arrêtera là, pour l’instant.

«Les Américains ont été frappés par la rapidité de la communication», souligne le New York Times. Donald Trump et son secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, reçoivent la missive iranienne sept minutes après qu’elle a été confiée à la représentation suisse. Deux minutes pour réceptionner le message, le faire passer par le fax crypté, et cinq pour qu’il soit reçu à Washington par Brian H. Hook, le représentant spécial américain chargé de l’Iran.

«Seul canal viable»

Contacté par Le Temps, le Département fédéral des affaires étrangères se contente d’indiquer que «le canal de communication diplomatique entre les Etats-Unis et l’Iran mis à disposition par la Suisse dans le cadre de son mandat de protection continue de fonctionner». Ce mandat, qui charge la Confédération de représenter les intérêts américains en Iran depuis 1980, a fait de Berne «le pays européen le plus important durant les sept jours» de cette crise, selon le New York Times. Rappelant l’échange de prisonniers survenu en décembre à l’aéroport de Zurich et auquel il a participé, l’ancien gouverneur du Nouveau-Mexique Bill Richardson confirme au Wall Street Journal le rôle essentiel de Berne: «Le canal suisse a pris une importance énorme car il permet de faire baisser la tension à court terme. C’est le seul canal viable pour l’instant.»

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