La Suisse a vécu l’an dernier sa pire récession depuis 1975, mais en sort avec des finances publiques à peine égratignées. Selon le Département fédéral des finances (DFF), le rapport entre les 230 milliards de francs d’endettement total du pays (Confédération, cantons et communes) et le produit intérieur brut (PIB) ne devrait s’élever qu’à 43,3%, contre 41,4% en 2009.

Une situation extrêmement saine comparée aux ratios de 200% au Japon, de 113% en Grèce ou de 84% aux Etats-Unis. Contrairement à ces pays, la Suisse n’a pas eu besoin de mettre en place de gigantesques plans de relance. Car si les exportations se sont effondrées l’an dernier, la consommation des ménages a tenu le choc. La montée du chômage a pu être partiellement endiguée par des mesures de réduction du temps de travail. Et l’immobilier n’a pas dégénéré en bulle.

Mieux encore, la Suisse a pu sauver sa seule banque en déroute, UBS, sans y consacrer des dizaines de milliards de francs. La solution élaborée, composée d’un prêt et de la reprise d’une partie des actifs pourris par la Banque nationale suisse (BNS), est restée sans impact sur les finan­ces fédérales. Du moins jusqu’i­c­i. Ce pragmatisme a d’ailleurs été récemment salué par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Aucun problème en vue? Pas tout à fait. «Au cours des prochaines décennies, il faudra faire face au vieillissement de la population», souligne Nils Soguel, professeur de finances publiques à l’Institut de hautes études en administration publique (Idheap) à Lausanne. «Les dépenses sociales vont s’accroître et la baisse du nombre des actifs risque d’entraîner un ralentissement de la croissance», ajoute-t-il. Mais ce problème concernera également les autres pays européens.

De bonnes armes

En dépit de ce danger, la Suisse est en outre «probablement mieux armée» que d’autres pays pour gérer la situation, poursuit Nils Soguel. Le système de démocratie directe permet un contrôle serré des budgets publics, le fédéralisme stimule la concurrence fiscale, limitant incidemment les dépenses, et les collectivités publiques se sont dotées de freins à l’endettement.

Le professeur de l’Idheap ajoute que la taille de l’Etat helvétique est «faible», en comparaison internationale. «Or, les études montrent qu’une telle condition de base signifie souvent davantage de flexibilité des ménages et des entreprises, ce qui favorise la croissance», assure-t-il.

Quant aux déficits des assurances sociales, «ils ne sont pas noyés dans le budget général de l’Etat», souligne Nils Soguel. Transparents, les 5,1 milliards de francs de déficits cumulés par l’assurance chômage à la fin 2009 – qui pourraient grimper à plus de 10 milliards d’ici à la fin de l’année – vont d’ailleurs nécessiter prochainement une augmentation des cotisations prélevées sur les salaires.