GENÈVE INTERNATIONALE

La Suisse, futur siège de la Convention de Minamata

Près de 150 Etats sont réunis depuis dimanche à Genève. Berne espère avoir trouvé un compromis pour accueillir une quatrième convention liée à des produits dangereux

Le mercure, ennemi public numéro un. Depuis dimanche dernier, Genève accueille 150 Etats et quelque 80 ministres et hauts responsables étatiques dans le cadre de la première Conférence des Etats parties à la Convention de Minamata sur le mercure (COP1). Le Programme des Nations unies pour l’environnement le souligne: «Le mercure est une neurotoxine d’ampleur mondiale.» Métal lourd, il existe à l’état naturel, mais il est aussi rejeté dans l’atmosphère en raison d’activités humaines, en particulier dans l’extraction d’or et l’utilisation du charbon. Il ne se dégrade pas. C’est une menace grave pour la santé humaine, car le mercure pénètre dans la chaîne alimentaire et s’accumule dans l’organisme. Il provoque de graves dysfonctionnements du système nerveux central.

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Baptisée du nom de la ville japonaise de Minamata, dont la baie fut polluée par des tonnes de mercure déversées par une usine de chlorure de vinyle, causant une épidémie sévère de troubles neurologiques graves, la convention vient d’entrer en vigueur en août. Signée par 128 Etats, elle a déjà été ratifiée par 80 pays, dont les Etats-Unis, la Chine et la Suisse.

Une dure bataille

Pour la Confédération, cette première conférence revêt une importance particulière. Berne souhaite héberger le secrétariat de la Convention de Minamata. Ce devrait être chose faite ce vendredi. Bien que la Suisse soit la seule candidate sur les rangs, les diplomates helvétiques ont dû batailler dur.

Motif: Genève hébergeant déjà trois autres conventions sur des produits dangereux (Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, la Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et la Convention de Rotterdam), la Suisse avait pour objectif politique d’accueillir cette nouvelle convention et de l’intégrer dans la structure des trois autres. Berne était prêt à injecter deux millions par an pour le secrétariat de la Convention de Minamata. C’était sans compter avec les Etats-Unis, qui ne voient pas les bénéfices à tirer d’une intégration des différents secrétariats. De plus, Washington, avec le soutien de… l’Iran, juge Nairobi meilleur marché que Genève.

Ce vendredi, un compromis devrait toutefois être trouvé. Le secrétariat de la Convention de Minamata ne sera pas formellement intégré avec les autres conventions, mais il utilisera l’expertise des autres secrétariats. La Suisse ne versera plus qu’un million de francs par an.

La Suisse critiquée

Cette semaine, les ONG ont toutefois pesté contre la Suisse, arguant que si elle veut accueillir ledit secrétariat, elle devrait interdire toute exportation de mercure, à l’image de l’Union européenne qui le fait depuis 2011. Pour l’heure, elle s’y refuse. Présidente de la Confédération, Doris Leuthard est toutefois consciente du problème: «Nous ne sommes pas encore là où nous devrions être. Mais les choses avancent. Nous avons déjà trouvé des solutions intermédiaires.» La future ordonnance du Conseil fédéral visera à réduire le niveau des exportations de mercure, qui s’élève à 30 tonnes (2016) alors qu’il était encore de 110 tonnes en 2015, et régler plus fortement les importations de produits recyclés.

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