États-Unis

La Suisse aussi a sa «Greta»

La Bâloise Marie-Claire Graf est à New York, où elle a représenté, pleine de détermination, la Suisse au Sommet sur le climat de la jeunesse. Ce lundi, elle suivra avec attention les promesses des chefs d’Etat

La «Greta suisse». Ce surnom, Marie-Claire Graf va devoir s’y habituer, tant l’activiste suédoise devenue une icône, qui agace ou qui fascine, prend de la place. Mais elle s’en accommode. Pour elle, l’essentiel est ailleurs: rappeler que la crise climatique est une urgence, qu’il ne faut plus attendre pour agir.

A la sauce américaine

D’ailleurs, vendredi, alors qu’elle a participé à la grève pour le climat dans les rues de Manhattan, elle a déploré le côté «grande fête» à Battery Park, où la marche s’est terminée après avoir traversé le quartier financier de New York. Il y avait des rappeurs sur une grande scène, de même que les chanteurs Willow et Jaden Smith, les enfants de l’acteur Will Smith, avant les discours de jeunes activistes dont Greta Thunberg.

«C’est probablement la manière américaine de faire. Mais pour moi, il y a un risque de perte de crédibilité. Nous devons être pris au sérieux et pouvoir participer aux prises de décision et aux négociations. Nous avons des solutions à proposer pour les Objectifs du développement durable. J’aurais donc préféré que nos buts soient clairement exprimés et, par exemple, qu’un jeune scientifique soit présent pour rendre compte de l’urgence climatique», raconte-t-elle assise sur un banc du parc, une fois la fête terminée. «En Suisse, nos marches sont beaucoup plus axées sur le message à transmettre.»

Marie-Claire Graf est une femme de 23 ans, très vive, au débit de parole rapide. Derrière ses lunettes au cadre noir, ses yeux pétillent. La Bâloise a représenté samedi la jeunesse suisse au premier Youth Climate Summit onusien, en présence de 499 autres jeunes leaders de tous les continents, sélectionnés parmi 7000 candidats âgés de 18 à 26 ans. Une journée qui n’a débouché sur aucune résolution. L’étudiante en sciences politiques à l’Université de Zurich compte multiplier les rencontres à New York. Ce lundi, tout comme Greta Thunberg qui a déjà pu rencontrer Barack Obama et le secrétaire général de l’ONU, elle assiste au sommet de l’ONU sur le climat où 63 chefs d’Etat interviendront, avec un grand absent: Donald Trump.

Lire aussi: A l’ONU, les jeunes pour le climat veulent du concret

Si Greta Thunberg s’est déplacée en voilier de course zéro carbone pour venir à New York, Marie-Claire Graf a pris l’avion. Mais les émissions de carbone de son vol seront compensées par l’ONU. «J’ai été sélectionnée avec 99 autres jeunes pour bénéficier d’un billet vert», explique-t-elle. En décembre, elle se rendra à la COP 25 au Chili, où elle fera partie de la délégation officielle suisse. Elle ira peut-être en bateau et en bus. Elle vient de passer son permis voile. «Mais tout dépendra des vents et des courants. Il faut que je me renseigne!»

A l’origine de la Semaine de la durabilité

Marie-Claire Graf, qui vit à Zurich, n’a pas attendu le phénomène Greta Thunberg pour agir. Elle a bien lancé, avec d’autres jeunes, les «Fridays for Future» (grève de l’école pour le climat) version suisse, dans le sillage de la grève instaurée par Greta Thunberg en 2018 à Stockholm. Mais elle est surtout à l’origine, en Suisse, de la Semaine de la durabilité, un grand mouvement d’action estudiantin en faveur du développement durable inauguré en été 2017, qui a, depuis, essaimé à l’étranger. Son but: sensibiliser les étudiants à leur impact sur l’environnement.

A quand remonte sa prise de conscience que le climat est une cause importante pour laquelle il fallait s’engager? C’était vers l’âge de 8-9 ans, confie-t-elle, lors d’une expédition sur le glacier de Morteratsch. Un panneau explicatif mettait en exergue sa fonte.

Aujourd’hui, la Bâloise fait partie de nombreux comités. L’hyperactivité ne lui fait pas peur. Jeune «Climate Reality Leader» entraînée par l’ancien vice-président américain Al Gore, elle est très à l’aise dans la communication et maîtrise bien l’anglais. Ce qui la différencie de Greta Thunberg, avec laquelle elle s’est entretenue plusieurs fois? «Greta a lancé son action par une grève, alors que de mon côté je préfère privilégier le dialogue. Même si maintenant je fais aussi la grève.»

Nous passons devant Alexandria Villaseñor, une jeune activiste du climat américaine, en pleine séance photo. Marie-Claire Graf veut absolument la saluer. «La mobilisation a démarré très lentement aux Etats-Unis. Alexandria a pendant longtemps été toute seule à camper devant le siège de l’ONU, où je suis une fois allée la rejoindre. Et regardez maintenant cette foule dans les rues de New York!» Lors de son séjour new-yorkais, Marie-Claire Graf restera en contact étroit avec la Mission suisse à l’ONU. Son ambassadeur Jürg Lauber ne cache pas son admiration à l’égard des jeunes. «Ils ont réussi à imposer leur voix à propos du climat. Nous ne pouvons pas ignorer ce qui se passe», commente-t-il. Et de rappeler que le sommet onusien sur le climat de lundi est aussi une réponse à leurs revendications.


Trois minutes qui comptent

Ueli Maurer n’était dans un premier temps pas prévu parmi les interlocuteurs du sommet onusien sur le climat de lundi

Trois minutes. Ces trois minutes-là, la diplomatie suisse a dû batailler fort pour qu’Ueli Maurer les obtienne. Ce lundi, à New York, le président de la Confédération fera partie des 63 chefs d’Etat qui interviendront lors du sommet de l’ONU sur le climat. Et c’est plutôt un exploit: les places sont très convoitées, l’organisation du sommet se déroule dans une certaine nervosité, et initialement la Suisse ne faisait pas partie des pays sélectionnés. La raison: la Suisse ne s’est accordée que tardivement, le 28 août, sur les nouveaux objectifs à présenter. Mais le lobbying de la diplomatie suisse a fini par fonctionner. In extremis: la Confédération a été le dernier Etat à se greffer à la liste!

A la tribune, Ueli Maurer va annoncer la volonté de son pays d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050. En ratifiant l’Accord de Paris, la Suisse s’était engagée à réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, et de 70 à 85% d’ici à l’horizon 2050. Mais depuis, les prévisions scientifiques sont devenues plus alarmantes. La voilà donc à viser un objectif plus ambitieux, comme d’autres Etats. Le but reste de contribuer, au niveau mondial, à limiter le réchauffement climatique à moins de 1,5°C. La Suisse a par ailleurs présenté samedi, avec les Pays-Bas, une initiative qui devrait permettre aux investisseurs de mesurer, sur une base volontaire et anonyme, l’impact climatique de leurs engagements financiers.

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