«La Suisse devrait inspirer l’Union européenne»

Allemagne Le dernier livre de Joschka Fischer

L’ouvrage que l’ancien chef de la diplomatie allemande (1998-2005) Joschka Fischer voulait consacrer à l’Europe est paru mardi en Allemagne, avec près de six mois de retard sur le calendrier initial. Le livre devait s’appeler Les Etats-Unis d’Europe. Il porte désormais le titre Et si l’Europe échouait? La crise ukrainienne, à laquelle Joschka Fischer consacre un chapitre, sépare les deux projets.

«La crise ukrainienne est une césure historique pour l’Union européenne», insiste l’auteur. La politique néo-impérialiste de Vladimir Poutine n’est pas seulement une menace pour l’Europe de l’Est. Elle est une agression contre les principes mêmes de l’UE: «C’est une déclaration de guerre stratégique à l’actuel ordre étatique européen, qui repose sur la liberté, le droit à l’autodétermination des peuples, l’inviolabilité des frontières, le renoncement aux zones d’influence et à la violence», estime l’ancien vice-chancelier.

Rôle de l’Allemagne

Pour contrer le chef du Kremlin, Joschka Fischer ne voit pas d’autre alternative qu’une politique d’endiguement de la Russie, que les Vingt-Huit, affaiblis par la crise de l’euro, sont incapables de mettre en œuvre.

Le rôle de l’Allemagne dans le monde traverse le livre comme un fil conducteur: une Angela Merkel dépourvue de convictions européennes, obsédée par la gestion de la crise de l’euro, incapable de contrer Poutine, a paradoxalement pris la tête de l’UE sans le vouloir, «annonçant ainsi le retour à la nationalisation de l’UE», au lieu de poursuivre sur la voie de l’intégration européenne. L’union monétaire était conçue comme le moyen de contrebalancer la nouvelle puissance allemande, née de la réunification. Mais Angela Merkel, faiblissant face à ses électeurs, a imposé une gestion nationale de la crise de l’euro en refusant la mutualisation de la dette. Pour Joschka Fischer, faire preuve de solidarité européenne ne signifie pas forcément renoncer à ses intérêts. La gestion nationale de la crise, estime-t-il, a en tout cas redonné à l’Allemagne cette dangereuse position de puissance centrale au cœur de l’Europe qui a mené à plusieurs reprises le pays à sa ruine à travers l’Histoire.

Pour Joschka Fischer, ce processus peut encore être interrompu, à condition que la France et l’Allemagne travaillent de concert à l’approfondissement de l’Union. Les deux pays représentent les antipodes de l’Union, l’Allemagne suivant le diktat de l’argent, là où la France ne voit que celui du politique. Les «Etats-Unis d’Europe», auxquels rêve Joschka Fischer, ne ressemblent pas à l’Amérique mais à la Suisse, «un pays avec différentes langues, qui ne s’est pas homogénéisé, où les différences entre francophones et germanophones sont toujours là, comme au premier jour. La Suisse a montré qu’il est possible aux Français, aux Italiens et aux Allemands de vivre ensemble sans se laisser guider par le nationalisme qui les aurait séparés.»