L'élan de solidarité pour les victimes du tsunami ne connaît pas de relâche. Alors que la Chaîne du Bonheur a déjà récolté plus de 11 millions de francs de promesses de dons, la Confédération a décidé jeudi, quelques heures avant que les diplomates se montrent alarmistes quant au nombre de Suisses décédés, de débloquer 25 millions de francs pour l'aide humanitaire d'urgence aux pays sinistrés. Une somme qui s'ajoute aux 2 millions précédemment mis à la disposition des équipes de la Direction du développement et de la coopération (DDC), présentes aujourd'hui dans cinq pays. La décision a été prise par le Conseil fédéral jeudi matin, suite à une conférence téléphonique entre les sept ministres, organisée par Joseph Deiss.

Outre les 25 millions débloqués, le Conseil fédéral s'est aussi déclaré prêt à organiser une conférence humanitaire internationale à Genève, sous l'égide de l'ONU. Il a également donné mandat au Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) d'établir la liste des besoins à moyen et long termes auxquels la Suisse pourrait subvenir et donc de présenter un programme d'aide à la reconstruction. Des crédits supplémentaires seront ainsi libérés, reste à en définir le montant.

Drapeaux en berne

Le Conseil fédéral s'associe par ailleurs à la journée nationale de deuil du 5 janvier, journée spéciale de récolte de dons pour la Chaîne du Bonheur. Samuel Schmid, Micheline Calmy-Rey et Joseph Deiss assisteront à une cérémonie religieuse organisée par les trois Eglises chrétiennes dans la cathédrale de Berne. Tous les bâtiments de l'administration auront ce jour-là les drapeaux en berne et Joseph Deiss invite les cantons à faire de même. Il avait les traits tirés, jeudi à midi, devant la presse. Bien qu'il soit impossible «d'effacer le mal et la douleur», Joseph Deiss a beaucoup insisté sur la solidarité dont la Suisse doit faire preuve. Un mot qui est souvent venu à la bouche des conseillers fédéraux durant leur conférence téléphonique. «Nous soutiendrons activement les Nations unies dans la coordination des actions communes», a avancé le Fribourgeois, soucieux de démontrer que la Suisse, petit pays, se doit pour la circonstance, de jouer dans la cour des grands. «Cette catastrophe a des allures apocalyptiques», a-t-il encore lâché.

Jeudi, alors que les chiffres concernant les morts, les blessés et les sans-abri prenaient méchamment l'ascenseur, la DDC a envoyé quatre experts à Sumatra et deux spécialistes de l'assainissement en eau à Malé, capitale des Maldives. Ces deux personnes vont seconder des collaborateurs de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Avec eux est parti un kit médical de 800 kilos. Hier, la DDC n'était pas encore en mesure de dire comment elle utilisera précisément les 25 nouveaux millions de francs à sa disposition. Mais une partie devrait, durant trois mois environ, être affectée à l'aide d'urgence. Les sous permettront ensuite de reconstruire des hôpitaux, des écoles ou des réseaux de distribution d'eau et pourraient aussi être investis dans des systèmes de prévention des catastrophes. Toni Frisch, chef du Corps suisse d'aide humanitaire (CSA) de la DDC, décourage tout Suisse désireux d'aider, de se rendre sur place: l'argent nécessaire pour les billets d'avion des bénévoles peut être bien mieux utilisé.

22 médecins légistes arrivés

Au Sri Lanka, l'équipe d'experts suisses sur place depuis lundi s'est scindée en deux. Une équipe prête main forte à la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge et à Terre des hommes, à Batticaloa (côte est). Elle fournit également un soutien logistique (financement de véhicules et de chauffeurs) à la distribution de biens de premier secours. La deuxième équipe, présente à Matara (sud), fournit et organise surtout des distributions de matériel non alimentaire. Un spécialiste en construction et un médecin travaillent déjà à la phase qui succédera à l'aide d'urgence. En Inde, les trois experts de la DDC se trouvent aujourd'hui à Madras. Ils s'occupent essentiellement de rétablir le réseau de distribution d'eau potable, très endommagé dans la ville.

En Thaïlande, la zone prioritaire reste Phuket, où 380 Suisses sont toujours portés disparus. Le coordinateur de la DDC assiste notamment le personnel de l'ambassade dans sa recherche des ressortissants suisses. Surtout, une équipe de 22 médecins légistes, spécialistes de l'identification de victimes des catastrophes et odontologues (spécialistes des empreintes dentaires), rattachés à la police fédérale, est depuis jeudi sur place. Ils devraient y rester une semaine ou deux et collaborent notamment avec leurs collègues allemands. Ils s'astreignent à une tâche particulièrement ardue en entamant une véritable course contre la montre: quatre jours après la catastrophe, les cadavres que la mer dépose sur les plages sont très difficilement identifiables. Ils se heurtent par ailleurs à la volonté des habitants locaux, pour qui brûler rapidement les corps permet d'éviter tout risque de contamination. Dans un premier temps, seuls deux médecins légistes suisses étaient partis à Phuket. Ce sont les autorités thaïes qui ont demandé du renfort.

Des critiques concernant la prise en charge des touristes suisses à Phuket ont été relayées par les médias, mais Franz von Däniken s'est voulu rassurant jeudi. Le secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères a signalé que tant la mission suisse à Bangkok que la délégation à Phuket ont été renforcées. Et désormais, l'ambassade de Suisse dans la capitale thaïe dispose d'une permanence téléphonique vingt-quatre heures sur vingt-quatre: des personnes en plein désespoir avaient eu la désagréable surprise, en appelant il y a quelques jours aux heures de midi, de tomber sur un répondeur signalant que l'ambassade était fermée, because it's lunch time.