A quoi ressemblerait un accord sur le nucléaire iranien? La Suisse en a une petite idée. Elle a joué la médiatrice sur ce dossier explosif. Même si aujourd’hui Genève accueille une nouvelle fois les discussions, la Suisse n’est plus que le maître d’hôtel et ignore tout des tractations entre les grandes puissances et la République islamique.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Entre 2008 et 2010, la Suisse organise trois rounds de discussions: les Geneva Talks. «Lors de la première rencontre, la Suisse a proposé des formules de compromis, l’une connue sous le nom de freeze for freeze, soit le gel des sanctions contre le gel de l’enrichissement de l’uranium ou la suspension de l’installation de nouvelles centrifugeuses en échange de la suspension de la mise en place de nouvelles sanctions», se rappelle l’ancienne conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey.

Désaveu du guide

En octobre 2009, la Suisse invite à nouveau les pays du P5+1 (les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne) et l’Iran à Genève. Le second volet des Geneva Talks se déroule dans une discrète villa de Genthod, avec vue sur le lac. «Le temps était magnifique et le cadre favorisait les échanges informels», se souvient Micheline Calmy-Rey. Les délégations travaillent d’arrache-pied sur un document très détaillé.

«L’autre apport de la Suisse est connu sous le nom de storing abroad, soit placer à l’étranger sous le contrôle de l’Agence international de l’énergie atomique (AEIA) le stock d’uranium enrichi», poursuit l’ancienne conseillère fédérale. Les négociateurs iraniens avaient accepté le principe. Jamais on n’avait été si proche d’un accord, reconnaîtra Mohamed ElBaradei, l’ancien directeur de l’agence de Vienne. Mais, de retour à Téhéran, la délégation iranienne est désavouée par le guide suprême, Ali Khamenei. Une troisième rencontre a eu lieu à Genève en décembre 2010. Sans succès.

Entre-temps, d’autres médiateurs entrent dans la danse. Des rencontres se sont ensuite tenues à Istanbul, Moscou et Bagdad. Mais la République islamique multiplie l’installation de centrifugeuses destinées à enrichir de l’uranium, qui peut à la fois servir de combustible pour une centrale nucléaire, mais aussi fournir un jour matière à une bombe. Les sanctions internationales contre Téhéran se durcissent. L’Union européenne rejoint les Etats-Unis en adoptant elle aussi, en 2010, des mesures de rétorsion, embargo pétrolier ou interdiction des relations financières avec les banques iraniennes.

Neutralité perdue

La Suisse, elle, est écartée des discussions. «L’Iran comprenait que nous appliquions les sanctions décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Mais, quand la Suisse s’est alignée sur les mesures européennes, l’Iran ne nous considérait plus comme neutres, explique Micheline Calmy-Rey. La question a été débattue au Conseil fédéral. Des pressions se sont exercées sur la Suisse, par crainte que notre pays ne devienne une place de contournement des sanctions européennes.»

Est-on plus proche d’un accord aujourd’hui? «En tout cas, la conjonction est plus favorable. Lors des discussions que j’ai connues, les Etats-Unis se retranchaient derrière l’Union européenne. Aujour­d’hui, ils sont au front et il semble que, de part et d’autre, on veuille parvenir à un accord. La France, elle, reste sur une position dure», répond l’ancienne conseillère fédérale.