Elle a été conçue comme le lot de consolation pour la Turquie. Mais Ankara l'a boudée jusqu'ici. Elle, c'est la Conférence européenne, forum qui a été créé à l'initiative de l'Union européenne. Outre les Quinze, elle réunit Chypre, les pays de l'Est qui frappent à la porte du «club», ainsi que la Suisse. Vingt-huit pays au total. Ils se sont engagés à coopérer plus étroitement dans la lutte contre le crime organisé et la protection de l'environnement.

Un an et demi après son lancement en fanfare, la Conférence européenne ressemble pourtant de plus en plus à une coquille vide. Un ministre d'un grand pays de l'Union en convient sous couvert d'anonymat: «Nous avons échoué.» La Turquie n'a participé à aucune des trois réunions à haut niveau convoquées depuis l'automne 1997 – un sommet des chefs d'Etat et deux rencontres des ministres des Affaires étrangères. Plus grave, concède ce même responsable, «la Conférence n'a pas trouvé un contenu autre que symbolique».

La Suisse s'y accroche pourtant envers et contre tout. «L'impact de la Conférence est modeste, admet Joseph Deiss, mais c'est pour nous un canal bienvenu. C'est l'un des points de contact de la Suisse face à l'Union européenne, nous pouvons y faire un peu plus que par des contacts bilatéraux», explique le chef du DFAE, qui participait lundi à sa première Conférence européenne. Le conseiller fédéral comptait notamment s'entretenir avec son homologue finlandaise – la Finlande préside les Quinze au second semestre – avant la visite de Ruth Dreifuss à Helsinki cet automne.

Le tout jeune forum est-il condamné à une mort lente? L'évolution des relations entre les Quinze et la Turquie sera déterminante pour sa survie. Ankara exige d'être reconnu comme un candidat à l'adhésion à part entière, au même titre que les pays de l'Est qui se pressent au portillon. La Grèce, son ennemi héréditaire, mais aussi le Luxembourg s'y opposent toujours. Leurs partenaires espèrent leur forcer la main d'ici au sommet européen d'Helsinki, en décembre.

R. K.