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Des membres de la communauté russe de Suisse partagent un verre sur la terrasse de l’Hôtel Métropole à Genève. 16 000 résidents russes vivent et travaillent aujourd’hui dans le pays.
© Mark Henley / Panos Pictures

Démographie

La Suisse, terre d'exil pour les jeunes diplômés russes

Déprimés par le durcissement du régime politique ou fuyant la crise économique, un nombre croissant de diplômés Russes prend la route de l’exil. Rencontre avec trois candidats

La Suisse attire les personnes les mieux éduquées et appartenant à l’élite du flot croissant de Russes s’exilant. Cette nouvelle «fuite de cerveaux» coïncide avec le troisième mandat de Vladimir Poutine, marqué par un virage ultra-conservateur. Entre 120 et 150 000 Russes quittent annuellement leur patrie depuis 2013, note Alexandre Grebeniouk, coauteur d’une étude sur l’émigration de Russie, publiée par le Comité des Initiatives Citoyennes en octobre dernier. Selon Grebeniouk, ceux qui choisissent la Suisse sont en majorité des scientifiques, ou font partie de l’élite. Ils restent invisibles sur les statistiques officielles russes parce qu’ils n’en font rien savoir aux autorités.

Annexion de la Crimée et répression politique

Le Temps a discuté avec trois candidats au profil caractéristique de ceux qui cherchent à émigrer vers la Suisse. Pavel (24 ans), Inna (28 ans) et Taras (43 ans) ont chacun prévu de faire le grand saut dans les tout prochains mois. Ils affichent tous les trois une répulsion pour le régime politique russe et ont le sentiment que la situation y est bloquée pour longtemps.

«Je songeais depuis plusieurs années à quitter la Russie, explique Taras, entrepreneur dans les technologies de l’information. Mais c’est l’annexion de la Crimée en 2014 et la répression politique qui s’en est suivie qui m’a décidé. J’ai participé aux grandes manifestations [de l’opposition] en 2012 et je considère avoir eu beaucoup de chance de n’avoir pas été arrêté, car plusieurs amis l’ont été. Aujourd’hui, la société russe est démoralisée et amorphe. Pour moi, il est évident que la situation va empirer.» La crise économique contribue à décourager l’entrepreneur. «Une partie de nos clients ont fait faillite et cela nous a coûté un contrat très important», déplore Taras.

«Je ne crois pas qu’un changement soit possible ici»

Professionnelle reconnue dans le milieu des relations publiques, Inna n’a jamais milité dans l’opposition mais connaît personnellement plusieurs de ses leaders. «Je les admire mais je ne crois pas qu’un changement soit possible ici, confie-t-elle. Le pouvoir est ravi de voir partir les gens comme moi, ceux qui ont une mentalité européenne et sont dotés d’un esprit critique.»

Se définissant comme «apolitique», Pavel, ressent la répression autrement: «Je suis homosexuel et je n’ai pas envie de vivre caché toute mon existence, ni d’avoir peur à chaque fois que je sors d’un club gay. Ma famille ne m’acceptera jamais comme je suis alors je préfère respirer un autre air.»

Le choix de la Suisse

Mais pourquoi avoir choisi la Suisse? Issu d’un milieu très favorisé, Pavel a beaucoup voyagé et associe la Suisse au luxe, le secteur où il travaille. «Je gagne très bien ma vie à Moscou mais je sais que je peux trouver un travail tout aussi rémunéré à Genève, où j’ai beaucoup de relations, et maintenir ainsi mon train de vie, dit-il dans un français dépourvu d’accent. La mentalité genevoise me correspond et la qualité de vie y est formidable.»

A l’inverse, Taras n’a jamais mis les pieds en Suisse et ne parle pas le français. «J’ai choisi la Suisse parce que mes deux partenaires et moi cherchions des aides pour installer notre start-up en Europe. Nous avons cherché dans plusieurs cantons et celui de Vaud nous a témoigné de l’intérêt. Ils ont un programme pour attirer les sociétés du secteur IT. Nous avons déjà collaboré avec l’université de Lausanne.»

«Je pense que nous n’aurons aucun problème pour nous intégrer»

L’un des partenaires de Taras s’est déjà installé à Lausanne l’année dernière, avec femme et enfants. «Il a mis moins d’un an à obtenir tous les papiers nécessaires, bien qu’il ne parle pas non plus le français. Mon épouse, qui travaille comme décoratrice au Bolchoï, le parle et je pense que nous n’aurons aucun problème pour nous intégrer.» L’homme parle couramment l’anglais et a voyagé un peu partout en Europe, où plusieurs de ses amis se sont déjà installés. «Aucun d’entre eux ne regrette d’avoir sauté le pas», note-t-il, avant de préciser: «Notre troisième partenaire va lui rester en Russie, ainsi que nos 15 employés.»

Pas tous séduits

A travers les informations qu’il a glanées et le témoignage de son partenaire déjà installé à Lausanne, Taras s’est forgé une image très positive du canton de Vaud. «La vie y est beaucoup plus confortable qu’à Moscou, s’imagine-t-il. Les infrastructures sont en meilleur état. L’écologie, les services de santé, l’absence de criminalité et de corruption offrent des conditions idéales pour la vie et les affaires.»

Tous les arrivants russes ne sont pas séduits par la Suisse. Inna, 28 ans, suit en fait son mari banquier, muté à Zürich. «Nous allons nous installer durablement à Zürich, et cela ne m’enchante guère. J’aurais préféré Genève, confie cette élégante brune à la silhouette dégingandée. Je trouve Zürich ennuyeuse et ne suis pas sûre de pouvoir m’adapter à la mentalité locale, d’autant que je ne parle pas l’allemand. J’adore faire la fête, et je sens que Moscou va beaucoup me manquer!»

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