Les derniers chiffres sont tombés lundi. Dans un contexte de blocage de deux dossiers politiques majeurs, la fiscalité et le transport aérien, les échanges économiques entre l’Allemagne et la Suisse ont connu un net ralentissement en 2012.

Ce coup d’arrêt frappe à la fois l’économie réelle, notamment l’industrie des machines, des équipements et de l’électronique, dont les importations chutent de 18%, et l’immigration allemande, a déclaré hier à la presse, à Zurich, Eric Sarasin, président de la Chambre de commerce Allemagne-Suisse.

Le recul des importations suisses d’Allemagne (–7,6%) est en effet masqué par la bonne tenue de la pharma, de l’horlogerie et de l’énergie. Il en va de même des exportations, où la baisse de 6,1% de l’industrie des machines contraste avec la hausse de 6% dans l’horlogerie, de 4% dans la pharma et de 13% pour l’énergie (électricité).

Ralf Bopp, directeur de la Chambre de commerce, explique cette «forte cassure des échanges économiques» par la crise de la dette en Europe, la situation monétaire et une réorientation structurelle des échanges, tant d’Allemagne que de Suisse, vers les marchés émergents, notamment d’Asie et d’Amérique latine. Pour l’instant, «le blocage des dossiers politiques n’influence pas encore l’économie», a déclaré Eric Sarasin, lequel évoque l’attentisme préélectoral de l’Allemagne.

Le début de l’année 2013 n’est guère meilleur et laisse prévoir une stagnation sur l’ensemble de l’année, a noté Ralf Bopp.

L’Allemagne est le premier partenaire commercial de la Suisse, tant pour les importations que pour les exportations. Les importations suisses d’Allemagne valent autant que celles des quatre pays suivants. Et pour l’Allemagne, la Suisse est le 8e plus grand marché d’exportation.

Les flux migratoires ralentissent également. Les Allemands, qui sont 285 379 à vivre en Suisse (+3,1%), n’ont jamais été aussi nombreux à quitter la Suisse pour revenir dans leur pays d’origine, et l’afflux d’Allemands est en baisse (lire ci-dessous).

Le nombre d’arrivées d’Allemands en Suisse dépasse toujours celui des départs, observe toutefois Ralf Bopp. Le solde migratoire avec l’Allemagne reste positif, mais son taux de croissance diminue. Les raisons sont avant tout économiques, selon la Chambre de commerce: la vigueur de la demande de travail dans le sud de l’Allemagne rend cette région compétitive. Si les salaires restent plus élevés en Suisse, le coût de la vie et notamment du logement freine l’immigration en Suisse.

«L’offre de travail provenant de l’étranger dépend à la fois de la situation économique dans le pays d’origine et de celle du pays hôte. Sous cet angle, l’économie allemande est bien placée», a expliqué au Temps Jan-Egbert Sturm, directeur de l’institut de recherches KOF, à l’EPFZ. En effet, «ainsi que la baisse continue du taux de chômage et la hausse de l’emploi en témoignent, le marché allemand du travail frémit», selon l’économiste. Le besoin (ou la nécessité) de quitter l’Allemagne s’en trouve réduit. L’industrie allemande a aussi l’avantage, par rapport à la Suisse, de ne pas avoir dû subir les effets d’une forte appréciation de sa monnaie. Mais, selon Jan-Egbert Sturm, cette année, la croissance économique suisse (1,4%) dépassera celle de l’Allemagne (0,7%).

Dans la décision de s’établir ou non dans un autre pays, le directeur du KOF estime que «s’il ne sert à rien de nier les différences culturelles, les similitudes dominent. Les facteurs économiques jouent donc le rôle principal.»

L’Allemagne est le premier partenaire de la Suisse, tant pour les importations que pour les exportations