Croatie

Surenchère nationaliste croate pour les législatives

Les électeurs croates retournent aux urnes dimanche moins d’un an après le dernier scrutin législatif. Le cabinet ultra-droitier de Tomislav Oreskovic formé en janvier dernier a implosé cinq mois plus tard

En Croatie, il n’y a pas de campagne électorale sans surenchère nationaliste mais, pour une fois, l’Union démocratique croate (HDZ), la grande formation conservatrice, n’est pas la première à jouer cette carte. En effet, Zoran Milanovic, chef du Parti social-démocrate (SDP) et premier ministre de 2011 à 2015, s’est illustré par une série d’étonnantes sorties lors de ses meetings. Il a ainsi évoqué à la télévision la mémoire de son grand-père oustachi et, lors d’une rencontre avec des vétérans de la guerre d’indépendance (1991-1995), il a affirmé que la Serbie était dirigée par «une poignée de misérables arrogants», menaçant de bloquer sa candidature européenne de Belgrade.

Les relations entre la Serbie et la Croatie au plus mal

Ces arguments sont généralement utilisés par la droite nationaliste, mais celle-ci, sous la houlette d’Andrej Plenkovic, le nouveau chef du HDZ, essaie de faire profil lisse après les excès qui ont marqué la brève expérience du gouvernement du très conservateur Tomislav Oreskovic. Le HDZ s’est même débarrassé des petites formations d’extrême droite qu’il avait réunies l’an dernier dans une grande Coalition patriotique. Il n’a conservé qu’un seul partenaire, le mouvement Hrast, surtout connu pour sa campagne en faveur de l’interdiction totale de l’avortement.

«Jamais les relations entre la Croatie et la Serbie n’ont été aussi mauvaises depuis la fin de la guerre, en 1995», estime néanmoins Vesna Pusic, ancienne ministre des Affaires étrangères du gouvernement de centre gauche. En effet, depuis le début de l’été, les deux voisins sont entrés dans une nouvelle phase de «guerre froide». Dernier épisode en date, l’arrestation d’un mystérieux espion croate à Belgrade, le 2 septembre. Celui-ci, ancien officier des unités sécessionnistes serbes de Croatie, aurait renseigné Zagreb sur les officiers serbes soupçonnés de crimes de guerre. Son arrestation a été annoncée à grand fracas à la presse, sans même que Zagreb ne soit d’abord informé par les canaux diplomatiques, ce qui est contraire aux usages. Aucun procès n’aura lieu, le suspect ayant plaidé coupable devant le Tribunal de Belgrade.

Controverses liées à la mémoire historique

Cependant, les controverses ont surtout porté sur des enjeux d’histoire et de mémoire. Belgrade s’indigne de la réhabilitation en cours de certains Oustachis, les collaborateurs croates pro-nazis de la Seconde Guerre mondiale, et accuse le gouvernement sortant de Tihomir Oreskovic de «révisionnisme». Autre pomme de discorde: les commémorations, début août, de l’opération «Tempête» en 1995, qui a permis la reconquête des zones de Croatie (la Krajina) occupées par les sécessionnistes serbes. Cette campagne s’était soldée par l’expulsion d’au moins 200 000 Serbeo-Croates, un nettoyage ethnique que Zagreb ne reconnaît toujours pas.

Le chef des sociaux-démocrates Zoran Milanovic a aussi affirmé que «la Bosnie-Herzégovine ne fonctionnait pas en tant qu’Etat», tout en évoquant à mots à peine couverts la possibilité d’une sécession des régions majoritairement croates de ce pays, argument qui, habituellement, appartient aussi au fond de commerce idéologique du HDZ.

Possible percée politique de petites formations

Il n’est pas certain que l’électorat s’y retrouve, d’autant que les candidats ont très peu abordé les thématiques économiques, alors que la Croatie peine toujours à sortir de la récession. Entrée dans l’Union européenne en 2013, la Croatie arrive en effet en troisième position des pays les plus touchés par le chômage, notamment des jeunes, après la Grèce et l’Espagne. Le HDZ et ses rivaux sociaux-démocrates partagent largement la même approche favorable aux mesures d’austérité demandées par Bruxelles. Du coup, il ne leur reste guère que les thématiques identitaires et «nationales» pour tenter de se démarquer, ce qui alimente une fuite en avant perpétuelle.

Dans ce contexte délétère, les sondages laissent présager qu’aucun des grands partis n’obtiendra la majorité absolue, tandis que des petites formations pourraient faire une percée, comme le mouvement Zivi Zid («Mur vivant») d’Ivan Vilibor Sincic, initialement créé pour soutenir les sans domiciles fixes, et qui professe une ligne «anti-système» assez confuse, tandis que le «mouvement citoyen» Most («Le Pont»), très proche de l’Eglise catholique, pourrait bien se retrouver, comme l’an dernier, en position de faiseur de roi. La formation d’une nouvelle majorité risque donc d’être un exercice long et délicat.

Publicité