( New York) C’est l’une des initiatives phares que la Suisse a prises dans le cadre des Nations unies. Le 28 mars dernier, la Confédération a déposé, avec quatre autres pays formant les S-5, les Small 5 (Costa Rica, Jordanie, Liechtenstein et Singapour) une résolution devant l’Assemblée générale de l’ONU pour réformer les méthodes de travail du Conseil de sécurité (LT du 23 avril 2012). Par pragmatisme, les cinq Etats ont voulu dépasser les blocages de la grande réforme de l’organe onusien pour en améliorer le fonctionnement et la transparence. Face à l’« animosité de certains membres » de l’ONU et à certaines « machinations », la Suisse a pourtant décidé mercredi de retirer le projet de résolution au nom des S-5.

L’ambassadeur de Suisse auprès des Nations unies à New York, Paul Seger, a pourtant essayé, mercredi, devant une salle bondée de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, de convaincre une dernière fois les Etats membres du bien-fondé de la résolution. Son allocution laissait transparaître les difficultés que les S-5 ont rencontrées dans leur volonté d’améliorer le fonctionnement du Conseil de sécurité. « Nous avons non seulement été confrontés à des arguments juridiques selon lesquels notre résolution devait être soumise à la majorité qualifiée des Etats membres (…), ce que nous trouvons, avec tout notre respect, totalement faux et biaisé, mais nous sommes également confrontés à des manœuvres qui engouffreraient tous les membres et nous laisseraient tous confus et frustrés. »

La résolution n’avait pas l’ambition de modifier la Charte des Nations unies, un dessein irréaliste au vu de l’équilibre des forces actuelles dans l’enceinte onusienne. Elle visait à intégrer davantage des Etats membres directement concernés par des auditions ayant lieu au Conseil de sécurité, à élargir le cercle des responsables de l’élaboration d’une résolution actuellement limité aux cinq membres permanents du Conseil (Etats-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni). Elle visait aussi à impliquer davantage les Etats membres dans le choix d’un secrétaire général de l’organisation. Et point plus sensible encore, elle invitait les cinq grandes puissances du Conseil à expliquer leur refus d’adopter une résolution sans pour autant la bloquer et à renoncer à l’utilisation du veto dans des cas de crimes de guerre et contre l’humanité. Dans son discours devant l’Assemblée générale, l’ambassadeur Paul Seger cachait difficilement sa frustration face aux résistances des cinq membres permanents du Conseil de sécurité : « Les P-5 (…) ont exercé une pression considérable sur nous pour que nous ne soumettions pas notre projet. Ils prétendent que nos propositions sont de nature à diviser et pourraient être dirigées contre eux. J’aimerais assurer les P-5 une nouvelle fois que notre objectif est en réalité l’inverse. »

Malgré la forte résistance des grandes puissances, de l’Italie qui mène le groupe Uniting for Consensus et de pays africains, le retrait de la résolution surprend. La Suisse et les quatre autres pays craignaient-ils un vote négatif qui aurait mis fin brutalement au débat sur la question ? Retirer la résolution n’apparaît cependant pas plus glorieux. Quant à l’ONU, elle reste engluée dans ses blocages.