Dans les débats qui ont rythmé la campagne pour les législatives, la place du Japon en Asie a joué un rôle certain. C’est la vision du monde des conservateurs qui l’a finalement emporté dans les urnes hier. Face à la montée en puissance de la Chine, le Parti libéral-démocrate, qui opère son grand retour sur la scène politique, prône plus de fermeté.

Les prises de position de son chef de file, Shinzo Abe, ne laissent entrevoir aucun signe d’apaisement dans des relations sino-japonaise déjà très tendues (lire ci-contre). L’interminable querelle autour des îles Senkaku (Diaoyu en Chine), revendiquées par Pékin et Tokyo, n’a pas manqué d’exacerber les discours nationalistes de celui qui est considéré comme un «faucon» en matière de politique étrangère.

En niant sans relâche la responsabilité historique de l’armée japonaise dans la prostitution forcée de centaines de milliers de femmes asiatiques pendant la guerre, Shinzo Abe n’a rien fait pour gagner la confiance dans la région. La voie modérée du premier ministre sortant Yoshihiko Noda, partisan à son arrivée au pouvoir en 2009 d’un rapprochement diplomatique avec Pékin, n’a pas convaincu. Sa formation, le Parti démocrate du Japon, a essuyé hier un revers cinglant en ne conservant que 55 à 77 sièges, contre 308 lorsqu’il a été élu en 2009.

Comment expliquer la victoire des conservateurs poussés par des discours aux accents nationalistes? «C’est n’est pas seulement le Japon, mais toute la région qui connaît un regain nationaliste», souligne Koichi Nakano, professeur de science politique à l’Université Sophia, à Tokyo. En toile de fond, l’ombre d’une Chine de plus en plus revendicatrice et puissante militairement. «Les Japonais perdent patience», écrit le chercheur nippon Tomohiko Taniguchi, un ancien membre du Ministère des affaires étrangères japonais, dans un article publié par la Brookings Institution. Ils ne veulent pas voir leur pays finir par «faire des courbettes» devant ses voisins.

L’économie prioritaire

Le malaise s’est traduit par un ballet à la tête du pays, où six premiers ministres se sont succédé ces six dernières années. Les querelles territoriales alimentent le sentiment d’insécurité dans un pays à l’économie déclinante depuis les années 1990 et au poids diplomatique amoindri par le monopole de Pékin.

Selon Tetsuo Kotani, du Japan Institute of international Affairs, le nouveau dirigeant n’aura pas le choix: «Il devra stabiliser les relations avec la Chine, premier partenaire économique du Japon. Les deux pays ont besoin l’un de l’autre.» Shinzo Abe est aussi partisan d’un renforcement de l’alliance avec les Etats-Unis, considérée comme un pilier de la politique sécuritaire dans la région.

Même s’il ne peut pas l’exclure, le chercheur nippon estime peu probable l’éclatement d’un conflit armé dans la région. Dans un premier temps, le nouveau dirigeant devrait mettre entre parenthèses ses revendications nationalistes pour se concentrer sur les problèmes économiques. Jusqu’à la prochaine échéance électorale, en juillet 2013.