Pour survivre, l’OMC réfléchit à une révolution copernicienne

Commerce Au chevet de l’entité basée à Genève, ses membres cherchent à éviter un désastre

Le directeur général, Roberto Azevêdo, évoque trois scénarios pour sortir de l’impasse

A l’OMC, la perte de repères est à présent totale. «L’atmosphère est devenue toxique», «la frustration est à son comble», «tout espoir semble vain», ou encore «la catastrophe est imminente»: dans les travées du Centre William-Rappard à Genève, les propos se font de plus en plus sévères. Depuis le 31 juillet dernier, date du refus catégorique de l’Inde et de ses partenaires minoritaires d’entrer en matière sur le suivi de deux des dix accords signés à Bali en décembre dernier, il ne se passe plus rien – en termes de percées dans les pourparlers – à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Réunis vendredi, les chefs de délégation de l’OMC ont à nouveau fait état de l’inertie de la situation concernant la mise en œuvre du paquet de Bali. Le directeur général de l’institution, Roberto Azevêdo, a une énième fois exhorté les Etats membres à poursuivre leurs discussions pour sortir de l’impasse.

Il a identifié trois scénarios possibles – issus des consultations intensives qu’il a conduites ces derniers jours avec les hauts fonctionnaires des puissances représentées à Genève – pour aller de l’avant. «Comment débloquer la situation? Que fait-on des huit autres chapitres de Bali [l’accord sur la simplification des procédures douanières et celui lié à la sécurité alimentaire étant au cœur du conflit actuel]? Et qu’est-ce que le contexte présent implique pour l’avenir de l’OMC en tant qu’arène de négociation?» interroge Roberto Azevêdo.

Selon lui, les pistes possibles de sortie de crise sont les suivantes: les membres parviennent à s’entendre (hypothèse la plus favorable, mais en l’état hautement improbable), tenter d’avancer dans les autres domaines qui comportent moins d’obstacles (en gros, faire l’autruche tout en poursuivant une feuille de route là où faire se peut), ou trouver des approches alternatives (abandonner le multilatéralisme en faveur d’une plurilatéralisation des rapports, que ce soit sous l’égide ou à l’extérieur de l’OMC) pour permettre de progresser.

A l’issue de la réunion au sommet de vendredi, l’ambassadeur et représentant permanent de l’Union européenne auprès de l’OMC Angelos Pangratis a vertement tancé ses partenaires commerciaux (notamment l’Inde, mais sans la nommer) dont le discours consiste à «faire comme si de rien n’était». «Cette approche est impraticable, écrit-il en substance. La situation actuelle ne peut pas durer éternellement. Nous sommes périlleusement proches du désastre.»

Et le diplomate d’ajouter: «Nous allons, avec d’autres membres de l’OMC, explorer les possibilités de sauver les années de travail accomplies pour parvenir à un accord sur la facilitation des échanges [simplification des procédures douanières, dont la contribution au commerce mondial se chiffrerait à 1000 milliards de dollars]», quitte à s’écarter «temporairement» des règles du multilatéralisme.

Prochaine étape cruciale: les 10 et 11 décembre prochains. L’OMC réunit, pour la dernière fois de l’année, son Conseil général, organe suprême de l’entité basée à Genève.

Le directeur de l’entité basée à Genève s’interroge sur une approche moins consensuelle