«Il peut y avoir des surprises.» Ce commentaire d'un socialiste français dit bien le suspense qui règne au PS, à une semaine de l'élection par les militants de leur candidat à la présidentielle. Après trois semaines de débats internes, l'avance considérable dont disposait Ségolène Royal s'est érodée, et peu d'observateurs lui prédisent désormais une victoire facile.

Ce jeudi, la favorite des sondages participera à un ultime meeting à Toulouse, face à ses challengers Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Ce genre d'exercice lui réussit moyennement: le 26 octobre, à Paris, un discours un peu laborieux lui avait valu les sifflets de certains militants. Cette fois-ci, le numéro un du PS, François Hollande, qui est aussi son compagnon, sera présent pour «éviter les invectives et assurer un minimum de tenue», explique-t-on au sein du parti.

«Courriels haineux»

Il faut dire que le ton est beaucoup monté ces derniers jours entre partisans et détracteurs de la présidente du Poitou-Charentes. Ainsi le bras droit de Dominique Strauss-Kahn, Jean-Christophe Cambadélis, dit avoir reçu des «courriels pour le moins haineux» après avoir été accusé par Arnaud Montebourg, l'un des porte-parole de Ségolène Royal, d'avoir organisé le chahut du meeting parisien.

Depuis cet incident, l'heure est à la mobilisation générale dans le camp «ségoliste». La candidate et son entourage appellent ses supporters à voter massivement pour la faire élire dès le premier tour, le 16 novembre, et éviter un face-à-face risqué avec le challenger restant lors du second tour, qui serait organisé le 23 novembre.

Pour Ségolène Royal, les derniers pointages réalisés à l'intérieur du parti sont rassurants, affirme une personne qui fréquente régulièrement les dirigeants socialistes: «Il n'y a absolument aucune fébrilité chez ses partisans. Ils sont très convaincus que les derniers débats n'ont rien changé. Leur position, c'est qu'elle obtiendra 52,5% des voix et sera élue par les militants dès le premier tour.»

Qui peut battre la droite?

Mais des doutes subsistent sur la validité de ces pointages, qui sont réalisés en interrogeant les responsables locaux du PS sur les intentions de vote dans leurs sections. Quant aux sondages publiés dans la presse, largement favorables à Ségolène Royal, ils se basent sur les opinions des sympathisants du parti. Or, seuls les 210000 militants encartés pourront prendre part à l'élection du candidat.

Une autre incertitude pourrait entamer la belle assurance des partisans de Ségolène Royal: quels effets ses déclarations parfois surprenantes vont-elles produire sur la base socialiste? Ces dernières semaines, la candidate s'est laissée aller à quelques approximations, par exemple sur les méfaits des OGM ou la nature des «jurys citoyens» chargés de surveiller les élus. Son positionnement assez droitier en politique étrangère - elle insiste sur le droit d'Israël à la sécurité ou sur les progrès réalisés en Irak sous l'occupation américaine - pourrait heurter une partie des militants.

Reste un argument massue: Ségolène Royal serait la seule capable de battre la droite au printemps prochain. C'est ce qu'a affirmé dimanche l'ancien ministre de la Culture Jack Lang, en annonçant son ralliement à sa candidature. Mais les proches de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur et probable champion du parti majoritaire UMP, contestent cette analyse: «Quel que soit le candidat socialiste, dit l'un d'eux, on sait que l'élection présidentielle sera très serrée. Ça se jouera à 50-50.»