Des voix autorisées se sont fait entendre au cours du week-end pour contester le bien-fondé de la suspension des vols au-dessus de l’Europe. Les autorités disposaient-elles d’informations suffisamment fiables? «La fermeture de l’espace aérien résulte uniquement d’une simulation informatique effectuée par le Vulcanic Ash Advisory Center à Londres, a déclaré Joachim Hunold, le patron de la deuxième compagnie aérienne allemande, Air Berlin, dans le Bild am Sonntag. En Allemagne, il n’y a même pas eu de ballon météo pour mesurer s’il y avait des cendres volcaniques dans l’air – et combien.» «Nous demandons que des mesures fiables soient présentées avant que ne soit imposée une interdiction de voler», a renchéri un porte-parole de Lufthansa, Klaus Walter, dans le même journal.

Ces deux compagnies, tout comme KLM et Air France, ont effectué plusieurs vols tests ces dernières heures, qui n’ont révélé aucune anomalie.

Même son de cloche du côté du syndicat des pilotes français, qui a réclamé des «éléments concrets» pour fonder l’interdiction de voler. «Sans soute a-t-on mis la barre trop haut», a estimé Gérard Feldzer, le directeur du Musée de l’air et de l’espace du Bourget, lui-même ancien pilote Air France.

Des faits troublants sont pourtant là. Jeudi matin, avant les premières fermetures d’espace aérien, les réacteurs d’avions de combat F-18 de l’armée finlandaise avaient été «significativement» endommagés par les cendres du nuage venu d’Islande. «Le blocage des canaux de ventilation causés par la cendre en fusion a entraîné des surchauffes et des détériorations de matériel», avait expliqué l’armée finlandaise.

Eviter le nuage de cendres?

Les experts rappellent, au demeurant, que, au cours des vingt dernières années, 80 cas d’avion pris dans des nuages de particules volcaniques ont été recensés. Vingt appareils ont été endommagés. Et des catastrophes ont été évitées de justesse: en 1982, un Jumbo de British Airways a vu ses quatre moteurs s’éteindre au-dessus de l’Indonésie.

Eviter de voler dans le nuage de cendres islandais? En théorie, ce n’est pas impossible, puisque sa base semble se situer autour de 7000 mètres d’altitude. La Biélorussie – qu’on cite rarement en exemple – n’a d’ailleurs restreint les vols au-dessus de son territoire qu’entre 7000 et 11 000 mètres.

Seule une partie des vols pourrait cependant être concentrée à des niveaux de vol inférieurs à 7000 mètres. Pareil «déménagement» serait, du reste, très coûteux: plus les jets volent haut et moins ils consomment. Quant à l’empreinte écologique…