France

Symbole de la lutte contre les violences conjugales, Jacqueline Sauvage est sortie de prison

Condamnée deux fois à dix ans de prison pour le meurtre de son mari, cette femme de 69 ans a été graciée par François Hollande

C’est l’ultime rebondissement d’une affaire qui n’en aura pas manqué: le président français, François Hollande, a finalement accordé une grâce totale à Jacqueline Sauvage, qui a pu sortir immédiatement de prison. Dans un communiqué publié mercredi 28 décembre, le Palais de l’Elysée indique que le président de la République a décidé «une remise gracieuse du reliquat de la peine d’emprisonnement», estimant que «la place de Mme Sauvage n’est plus aujourd’hui en prison, mais auprès de sa famille». Le 10 septembre 2012, dans la commune de La Selle-sur-le-Bied (Loiret), Jacqueline Sauvage avait abattu de trois coups de fusil dans le dos son mari, Norbert Marot, avec lequel elle dira avoir vécu un enfer depuis 47 ans. Il la battait et avait violé leurs filles.

Jacqueline Sauvage «peinait à accéder à un authentique sentiment de culpabilité»

Le 31 janvier 2016, François Hollande, en vertu du «droit de grâce» prévu à l’article 17 de la Constitution française (vieille survivance monarchique), avait décidé d’une «grâce partielle» pour cette femme de 69 ans, condamnée en 2014, puis 2015, en première instance puis en appel, à dix ans d’emprisonnement pour le meurtre de son mari. Cette première décision permettait, non pas une libération, mais l’avancement de quelques mois de la date à laquelle les avocates de Jacqueline Sauvage pouvaient déposer une demande de libération conditionnelle. Les exégètes présidentiels avaient alors jugé cette décision très «hollandaise»: moitié oui, moitié non.

Mais en août, surprise: le juge d’application des peines refusait cette libération. A l’automne, la Cour d’Appel de Paris la refusait également, au grand dam des avocates, des filles et des comités de soutien de Jacqueline Sauvage. Motif, selon les juges successifs: «l’importante médiatisation de l’affaire» aurait rendu «difficile une authentique démarche de réflexion pour Jacqueline Sauvage, qui est encouragée à se cantonner dans un positionnement exclusif de victime». La Cour d’Appel ajoutait même que la réflexion de la coupable était «pauvre et limitée» et qu’elle «peinait à accéder à un authentique sentiment de culpabilité». Dans leurs refus de libérer Jacqueline Sauvage, les juges notaient que la condamnée «n’a pas confirmé qu’elle avait finalement choisi de commettre ces faits» et lui ont reproché de «ne pas assez s’interroger sur son acte». Des expertises psychologiques et médicales avaient conclu à donner un avis défavorable à sa libération.

Le désaccord des juges

Jacqueline Sauvage libre, le mystère demeure et demeurera sans doute sur la personnalité de la meurtrière, devenue victime en même temps que symbole de la lutte contre les violences conjugales. De nombreuses associations et comités de soutien, des responsables politiques de gauche et de droite, dont la maire de Paris Anne Hidalgo, la députée filloniste Valérie Boyer et le candidat à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon, ainsi que Daniel Cohn-Bendit, avaient pris fait et cause pour elle, avec des personnalités du show-biz, de la culture et du people. Une pétition sur Internet (change.org) avait recueilli plus de 435 000 signatures. Des parlementaires de toutes étiquettes envisageaient même de changer la loi pour reconnaître la légitime défense en cas de violences conjugales et en appelaient, là encore, au président de la République. De nombreuses manifestations avaient eu lieu au fil des mois, Jacqueline Sauvage étant presque transformée en icône féministe.

Une telle médiatisation a bien souvent exaspéré le monde judiciaire et tous ceux qui connaissaient de près le dossier. En effet, Jacqueline Sauvage a bien été condamnée, et à deux reprises, à Orléans puis en appel à Blois, par des Cours d’Assises composées de jurés populaires, notamment des femmes, et aucun des deux verdicts n’a retenu l’excuse de la légitime défense, tandis que les avocates plaidaient l’acquittement. Pour le magistrat Philippe Bilger, par exemple, «les politiques, en s’immisçant dans une affaire à laquelle ils n’ont pas assisté ou en prévoyant en réaction de déposer un projet de loi, bafouent l’autorité de la justice». Philippe Bilger avait dénoncé «un délire politico-médiatique» dont Jacqueline Sauvage a fini par être victime, avant la décision de cette toute fin d’année.

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