L’annonce des mesures décidées par le gouvernement socialiste a été reçue comme «un choc», «un électrochoc» par l’ensemble de la société, «c’est la fin d’une époque», a affirmé jeudi la presse grecque. Les partis, les syndicats du public et du privé fourbissaient leurs armes pour réagir.

Le Front de lutte syndicale (PAME), proche des communistes, a ouvert la danse des protestations. Il a organisé dès mercredi soir plusieurs manifestations dans le pays, appelé ses membres à une grève vendredi et préparait de grands rassemblements dans une soixantaine de villes du pays, jeudi soir. Dans la matinée, ses militants ont bloqué l’entrée du ministère des Finances, scandant des slogans contre «les mesures anti-populaires». Ils ont déployé une immense banderole sur la façade du ministère, face au Parlement, appelant les Grecs à réagir pour que «les mesures ne passent pas».

Première concernée par la quasi-suppression du 14e mois dans le secteur public, la Fédération des fonctionnaires (Adedy, 300’000 membres) a aussi appelé à un rassemblement jeudi en début de soirée dans le centre d’Athènes, à un arrêt de travail à partir de midi, et à une grève nationale le 16 mars. «Les mesures injustes et unilatérales sont sans précédent et ne doivent pas passer», a affirmé la Fédération, estimant que le «sacrifice» des fonctionnaires «conduit à la dissolution des services publics».

La grande Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, un million d’adhérents) s’est de son côté insurgée «contre les requins des marchés et contre leurs supérieurs politiques à l’Union européenne» qui ont imposé les mesures à la Grèce. D’emblée, les dirigeants de la Confédération se sont ralliés à l’arrêt de travail de l’Adedy, avec qui ils appellent aussi à un rassemblement vendredi midi devant le parlement, où le nouveau train de mesures doit être discuté en procédure d’urgence. «Les mesures vont conduire à une baisse dramatique des revenus des travailleurs et auront une conséquence tragique sur la demande et la consommation avec comme conséquence le creusement de la récession et l’élargissement du chômage», a affirmé la GSEE dans un communiqué.

Son président, Yannis Panagopoulos, a assuré que le Premier ministre Georges Papandréou lui avait garanti que le secteur privé ne serait pas touché par la suppression du 14e mois. «Nous ne voulons pas intervenir dans les conventions collectives du secteur privé», avait affirmé mercredi le ministre des Finances, Georges Papaconstantinou.

Les représentants des associations de commerçants ont de leur côté exprimé leurs craintes d’une récession accentuée et d’un marasme économique dû aux mesures d’austérité. «Si ces mesures ne sont pas immédiatement encadrées par des mesures de développement, nous avons peur de voir une récession de -3 à -4% , et d’entrer dans un cercle vicieux de déficits, impôts avec comme résultat la prise de nouvelles mesures de stabilisation en novembre», a affirmé président de l’Association des entreprises du commerce de détail (Selpe) Théodore Vardas. Le président de l’Union des commerçants d’Athènes, Panagis Karellas estime aussi que «les mesures vont conduire à une baisse de la consommation».

M. Papaconstantinou a assuré qu’«après le mois de juin l’économie montrera des signes de reprise». Il a affirmé que les responsables de la Commission européenne et de la Banque centrale européenne «reconnaissent que la Grèce a épuisé ses réserves et ne peut aller plus loin sans explosion sociale».