Syrie

En Syrie, le cessez-le-feu paraît plus fragile que jamais

Un raid aérien des forces gouvernementales a frappé un hôpital et une résidence, à Alep mercredi soir. Vingt personnes ont péri

Au moins 20 civils ont été tués mercredi soir lors d'un raid aérien des forces gouvernementales syriennes contre un hôpital et un immeuble résidentiel contrôlés par la rébellion à Alep (nord-ouest), a annoncé la défense civile.

Une centaine de civils tués depuis vendredi

«Au moins 20 personnes ont été tuées ce soir par des frappes aériennes contre l'hôpital al Quds et un immeuble résidentiel voisin dans le quartier d'al Sukkari, à l'est d'Alep», a indiqué à l'AFP la défense civile.

L'Observatoire syrien des droits de l'Homme(OSDH) a confirmé que les raids avaient été conduits par «des avions du régime» de Damas. Un précédent bilan faisait état de 14 civils tués. Six corps ont ensuite été extraits des décombres, dont cinq membres d'une même famille parmi lesquels deux enfants et un dentiste de l'hôpital.

L'unique pédiatre des quartiers est d'Alep, contrôlés par les rebelles, est également au nombre des morts, selon le correspondant de l'AFP. La plupart des patients de cet hôpital sont âgés et atteints de maladies chroniques. L'établissement a été très sévèrement endommagé, a-t-on constaté, et les recherches d'éventuels survivants se poursuivaient dans la nuit.

Ces derniers jours, les bombardements dans la province d'Alep, notamment dans la ville éponyme, coupée en deux depuis 2012, se sont multipliés, provoquant la mort de plus d'une centaine de civils depuis vendredi.

Mercredi encore, avant les raids sur l'hôpital al Quds, 16 personnes avaient péri dans les bombardements qui ont visé aussi bien les quartiers rebelles que les quartiers contrôlés par le régime, selon un média syrien et des secouristes.

Le cessez-le feu en danger

L'envoyé spécial de l'ONU sur la Syrie, Staffan de Mistura, veut «revitaliser» le cessez-le-feu qui est «en grave danger», avant de fixer la date du prochain round de négociations de paix intersyriennes. Il a indiqué qu'il avait lancé un appel devant le Conseil de sécurité de l'ONU aux Etats-Unis et à la Russie, les deux initiateurs du cessez-le-feu introduit le 27 février, pour qu'ils agissent en ce sens.

Le 3e round de négociations qui avait commencé le 13 avril s'est achevé mercredi à Genève sans aucun progrès. Les principaux représentants de l'opposition ont quitté la table des négociations pour protester contre la dégradation de la situation humanitaire et les violations de la trêve.

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L'envoyé spécial a notamment recommandé au Conseil de sécurité d'organiser dans un futur proche une rencontre du GISS (Groupe international de soutien à la Syrie composé de 17 pays et co-présidé par la Russie et les Etats-Unis, ndlr).

Durant ces dernières 48 heures, un Syrien est mort toutes les 25 minutes

«Nous voulons obtenir cette réunion du GISS avant de lancer le nouveau round au courant du mois de mai», a-t-il dit. «Mon but est de continuer les entretiens, avec au moins un ou deux autres rounds d'ici juillet», a-t-il ajouté.

Alors que les grandes puissances affirment que la trêve tient toujours, pour les habitants d'Alep, dans le nord de la Syrie, le cessez-le-feu décrété il y a deux mois est bel et bien mort avec l'intensification des bombardements sanglants. «Durant ces dernières 48 heures, un Syrien est mort toutes les 25 minutes», a déploré Staffan de Mistura. «Le cessez-le-feu est toujours vivant, mais il est en grand danger.»

Un acheminement compliqué vers une transition politique en Syrie

«Les parties syriennes ont à présent accepté la nécessité d'une transition politique». Celle-ci sera chapeautée par une «nouvelle et inclusive gouvernance, qui remplacera la gouvernance actuelle en Syrie», a indiqué Staffan de Mistura.

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Il a cependant ajouté qu'il y avait toujours des fossés «substantiels» concernant les représentations de cette transition et il a dressé une liste des problèmes «fondamentaux» qui doivent être réglés en vue d'instaurer une transition «politique viable» en Syrie. Cette liste, a-t-il dit, n'est pas figée et peut être modifiée au fur et à mesure des discussions.

Je ne sais pas de quelle trêve ils parlent. Il n'y a pas de trêve ici.

Il a également indiqué que le round qui vient de se terminer avait été fortement influencé par la dégradation de la situation sur le terrain en Syrie. Il a demandé notamment un accès pour l'aide humanitaire dans des villes telles que Douma, Darraya, Madamiyet Elsham et East Harasta.

«Je ne sais pas de quelle trêve ils parlent. Il n'y a pas de trêve ici», affirme Abou Mohammed, qui réside dans la partie est de la ville d'Alep contrôlée par les rebelles. «Les bombardements et les tirs de roquettes ne s'arrêtent jamais. C'est comme si on était en pleine guerre mondiale.»

En fait, «si la trêve tient c'est entre les Etats-Unis et la Russie, pas entre l'opposition et le régime», résume Abou Mohammed. Washington et Moscou, les deux parrains du cessez-le-feu, ne cessent en effet d'assurer que la cessation des combats tient en majeure partie.

Depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, plus de 270.000 personnes sont mortes et plus de la moitié de la population a été déplacée.

 

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