conseil des droits de l’homme

La Syrie fermement condamnée

L’institution onusienne basée à Genève a voté vendredi une résolution pour dénoncer les graves violations des droits de l’homme commises par le pouvoir syrien face à la contestation qui fait rage dans le pays

Le Conseil des droits de l’homme (CDH) de l’ONU a fermement condamné vendredi, lors d’une session extraordinaire, le comportement des autorités syriennes face à la contestation qui fait rage dans le pays. La résolution, dont les Etats-Unis ont été l’initiateur, a été largement approuvée par 26 membres contre 9 et 7 abstentions. Le texte condamne «l’usage mortel de la force […] contre des manifestants pacifiques». Le pouvoir syrien est exhorté à respecter la liberté d’expression et de rassemblement et à lever toute censure envers les médias. La résolution exige aussi l’envoi d’une mission urgente pour enquêter sur les violations des droits humains en Syrie.

Voici quelques semaines, le même CDH adoptait par consensus une résolution condamnant la Libye. Le vent du «printemps arabe» semblait donner une nouvelle dynamique à l’institution onusienne basée à Genève. Vendredi, force est de constater que le climat de travail n’était plus aussi serein. En sortant de la salle, l’ambassadeur syrien Faysal Khabbaz Hamoui n’a pas caché son amertume: «Je me fiche de cette résolution. Elle est tellement sélective.» Pour le représentant syrien, des «raisons prétendument humanitaires qui servent de façade et qui rappellent les pratiques du colonialisme» sous-tendent la tenue de cette session spéciale. En termes de sélectivité, certaines ONG n’ont pas manqué de s’interroger sur la discrétion de l’institution onusienne par rapport au Bahreïn et au Yémen. Ambassadeur de Suisse auprès de l’ONU, Dante Martinelli aurait préféré un vote par consensus. «La résolution contient cependant les éléments essentiels.»

Universalité

Le représentant du Pakistan, Zamir Akram, a défendu la Syrie: «Il est difficile pour tout Etat souverain d’accepter une telle intrusion dans ses affaires intérieures.» La Chine a abondé dans le même sens et la Russie a jugé la résolution «contraire aux droits de l’homme et au Conseil en ce sens qu’elle viole le principe d’universalité».

Dans cette session, les Etats-Unis jouaient gros. Agissant dans l’urgence, ils ont dû mener une diplomatie très active pour obtenir le soutien de 15 membres du Conseil et de 21 pays observateurs afin de convoquer le Conseil. Dans les négociations, l’enlisement libyen a pesé lourd, certains Etats n’étant plus prêts à donner un blanc-seing au CDH. La résolution a été approuvée par la majorité des Etats africains et sud-américains ainsi que par les Occidentaux. Pour Washington, agir contre Damas par le biais du Conseil des droits de l’homme apparaît comme la manière la plus adéquate de faire pression sur Damas.

Comme d’autres Etats occidentaux et puissances régionales, les Etats-Unis ne sont pas prêts à user de la force à l’image de ce qu’ils font en Libye. Ces deux dernières années, les Occidentaux se sont en effet réconciliés avec Damas, Washington réinstallant un ambassadeur dans la capitale syrienne et Paris invitant Bachar el-Assad au défilé du 14 juillet en 2008. «La Syrie a beaucoup plus d’alliés que la Libye, ­rappelle Julie Gromellon, représentante de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme à l’ONU. Il était dès lors prévisible que le travail du Conseil allait être plus compliqué.»

Ambassadrice américaine auprès du CDH, Eileen Chamberlain Donahoe souligne l’un des objectifs de la résolution: «Nous devons clairement mettre au jour la pure hypocrisie du gouvernement syrien dans sa candidature au Conseil des droits de l’homme.» Le texte voté hier compliquera la candidature syrienne le 20 mai à l’Assemblée générale. Mais pour les quatre places disponibles au sein du groupe asiatique, il faudra trouver un autre candidat volontaire .

Publicité