Les forces kurdes ont appelé vendredi le régime syrien à déployer ses troupes dans les régions qu’elles contrôlent au nord de la Syrie pour faire face aux menaces turques d’offensive dans ces secteurs. L’armée syrienne a aussitôt annoncé son arrivée.

L’armée de Bachar el-Assad est entrée vendredi dans la région de Minbej, dans le nord de la Syrie, illustrant un revirement d’alliance accéléré par l’annonce du retrait des forces américaines.

La Turquie, qui avait menacé de lancer une offensive avec des supplétifs syriens contre les forces kurdes, a réagi avec colère, estimant que celles-ci n’avaient «pas le droit» de faire appel à Damas et mettant en garde contre toute «provocation».

Le retour des forces syriennes à Minbej, pour la première fois en six ans, intervient au moment où le régime a le vent en poupe. Il a multiplié les victoires militaires et semble sur la bonne voie pour briser son isolement diplomatique, comme le montre la réouverture jeudi à Damas de l’ambassade des Emirats arabes unis.

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Il survient aussi après l’annonce des Etats-Unis d’un retrait des troupes américaines de Syrie qui a pris de court leurs alliés kurdes.

Plus tôt, les Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde de Syrie, avaient demandé à l’armée de déployer ses troupes à Minbej, après avoir affirmé s’en être retirées.

Noura al-Hamed, vice-présidente au sein des autorités locales de Minbej, a assuré que les négociations avec le pouvoir de Damas avaient eu lieu «sous l’égide de la Russie».

La coalition internationale emmenée par Washington, qui soutient les forces kurdes dans la lutte contre les djihadistes du groupe Etat islamique (EI), a des troupes stationnées dans le secteur, notamment américaines et françaises selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

«Les forces de la coalition sont toujours présentes à leurs positions et mènent leurs patrouilles», a souligné Mme Hamed.

Se protéger contre une «invasion turque»

Depuis la mi-décembre, Ankara promettait de lancer une nouvelle offensive contre les forces kurdes, massant des renforts à sa frontière et dans le nord syrien.

L’entrée du régime à Minbej illustre aussi un revirement inédit des relations complexes entre les forces kurdes et le pouvoir de Damas, qui était allé jusqu’à les qualifier parfois de «traîtres».

La minorité kurde, opprimée pendant des décennies par Damas, a profité du conflit pour grignoter une autonomie de facto dans des régions du nord et du nord-est, soit près de 30% du pays.

Les Kurdes contrôlent toujours de vastes territoires dans le nord et le nord-est, et tiennent notamment la ville de Raqqa, arrachée à l’EI, ainsi que d’importants champs pétroliers.

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Vladimir Poutine salue une tendance «positive»

Ce vendredi, le Kremlin a jugé «positive» l’entrée de l’armée syrienne dans un secteur du nord du pays après un appel à l’aide des forces kurdes menacées d’offensive de la Turquie, estimant que cela contribuait à une «stabilisation de la situation». «Bien sûr, cela va dans le sens d’une stabilisation de la situation. L’élargissement de la zone de contrôle des forces gouvernementales constitue sans aucun doute une tendance positive», a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Il a précisé que le sujet serait discuté samedi lors d’une visite à Moscou des ministres turcs des Affaires étrangères et de la Défense, qui doit selon lui «apporter de la clarté» et permettre de «synchroniser les actions» entre la Russie, principal allié de Damas, et la Turquie, qui soutient les rebelles.