Les craintes de la résurgence de l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak sont réelles. Dans la nuit de jeudi et vendredi, le groupe djihadiste a mené sa plus grande offensive depuis sa chute à Baghouz en mars 2019 .

La cible? La prison surpeuplée d’Al-Sinaa (aussi appelée Ghwayran) près de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, où se trouve l’essentiel des combattants de l’EI incarcérés. Près de 3500 djihadistes étaient détenus dans cette ancienne école et surveillés par les forces kurdes chargées de la sécurité de la région. Parmi les prisonniers, plusieurs dirigeants du groupe islamiste.

Depuis l’assaut, les combats font rage sans discontinuer entre les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les combattants kurdes, et les djihadistes. Près de 45 000 civils ont déjà quitté la ville, a annoncé lundi le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA). Au moins 154 personnes sont mortes dans l’attaque dont 102 jihadistes, 45 combattants kurdes et sept civils. Des centaines de mineurs seraient otages du groupe islamiste à l'intérieur de la prison.

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Des centaines de mineurs en otage 

Ces derniers, qui étaient emprisonnés dans «un centre de réhabilitation», sont désormais enfermés dans un dortoir par les combattants de l’EI. Leur présence compromet l’avancée des Forces démocratiques syriennes qui tentent de pénétrer dans la prison et accuse l’EI de les utiliser comme des «boucliers humains». Selon l’Unicef, ces mineurs seraient au nombre de 850 et certains n’ont que 12 ans.

Dans un communiqué, l’EI donne des détails sur cette attaque sans précédent depuis la fin de la guerre, dont l’objectif était «de libérer les prisonniers». «Lancé par une centaine de jihadistes, l'assaut a débuté par l’explosion d’au moins un véhicule piégé – deux camions, conduits par des étrangers – avant que des combattants ne pénètrent dans l’enceinte de la prison», écrit Libération. Selon les FDS, simultanément, des détenus auraient mis feu à leur cellule et tenté d’attaquer leurs gardiens, «ce qui prouve une coordination entre les militants à l’intérieur et à l’extérieur», poursuit le quotidien français. Les combats ont ensuite continué dans les rues près de la prison. Durant l’attaque, les djihadistes se seraient emparés d’armes qu’ils avaient trouvées dans l’armurerie du centre de détention. Depuis, la coalition internationale a lancé des frappes. 

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Le nombre d’évadés est difficile à vérifier. Selon l’Office syrien des droits de l’Homme (OSDH), des centaines de prisonniers qui se sont échappés ont pu être rattrapés mais des dizaines seraient encore en fuite. De leur côté, les FDS disent avoir arrêté 89 prisonniers qui avaient tenté de s’enfuir.

Un exode massif

Cette attaque a semé le chaos à Hassaké, provoquant des coupures d’électricité et un exode massif de la population civile alors que la température extérieure ne dépasse pas les 10 degrés. «Des milliers de personnes ont quitté leurs maisons près de la prison, fuyant vers les zones voisines où vivent leurs proches», a déclaré à l’AFP Sheikhmous Ahmed, un responsable de l’administration de la région kurde semi-autonome. Selon l’OCHA, ils sont plus de 45 000 à avoir quitté Hassaké.

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Selon les autorités kurdes, qui contrôlent de vastes zones du nord de la Syrie, quelque 12 000 jihadistes de plus de 50 nationalités sont détenus dans les prisons sous leur contrôle. Ces prisons, qui souvent d’anciennes écoles, sont mal adaptées et surpeuplées. «Les évasions et les émeutes dans les prisons ont été un élément central de la résurgence de l’EI en Irak et constituent une menace sérieuse en Syrie aujourd’hui», a déclaré Dareen Khalifa, analyste à l’International Crisis Group, à l’AFP. Selon Libération qui cite une note de la Direction générale de la sécurité intérieure française (DGSI), la corruption permettrait à l’EI de bénéficier de contacts au sein des FDS à qui ils proposeraient «plusieurs milliers d’euros pour faire libérer des cadres de l’organisation jugés importants».

Les Kurdes, qui reconnaissant avoir du mal à gérer cette vingtaine de centres de détention, réclament toujours le rapatriement de milliers de prisonniers djihadistes dont certains ont des nationalités européennes. Mais la plupart des pays auxquels ils s’adressent rechignent à reprendre leurs citoyens.

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