«Confusion totale pour la mission de la Ligue arabe.» «La situation ne cesse de se dégrader en Syrie», s’alarme le portail d’information marocain Au Fait. Les observateurs sont en effet en route pour la province de Homs, bastion de la révolte contre le régime du président syrien Bachar el-Assad, alors que plus de 30 personnes y ont été tuées lundi dans des bombardements. Plusieurs quartiers ont fait l’objet d’intenses pilonnages par les forces gouvernementales, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui a qualifié la situation d’«effrayante». Des images horribles ont d’ailleurs été diffusées en ce début de semaine, notamment via YouTube. Et le général soudanais Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, chef de cette mission, dans ce contexte troublé, fait pourtant état de la «coopération» de Damas. En fait, «les observateurs arrivent» et «la répression empire», est bien obligé de constater MediaPart.

Le Monde s’étonne de «l’étrange pedigree» de cet homme, Mohammed Ahmed Moustapha al-Dabi, qui est «un professionnel de la sécurité» et «un vétéran du renseignement». Mieux: ce sexagénaire, homme de confiance du président soudanais Omar al-Bachir, qui est censé mettre un terme aux arrestations et aux tueries d’opposants syriens, a lui même été impliqué dans la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan ainsi que dans le conflit au Darfour, qui vaut à M. Bachir, accusé de «génocide», un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). «Plutôt que de diriger une équipe chargée d’enquêter sur des allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité en Syrie, le général devrait faire l’objet d’une enquête de la CPI pour des crimes similaires au Soudan», écrit l’ONG Enough Project, spécialisée dans la défense des droits de l’homme en Afrique.»

Dans le fond, ce que prédisait la Neue Zürcher Zeitung, citée par Eurotopics il y a un mois, est arrivé: «Si l’on ne peut pas s’attendre à un putsch, ni inciter les dirigeants syriens à un dialogue sérieux et à un départ progressif du pouvoir, le glissement consécutif dans la guerre civile constitue pour la Syrie le scénario le plus probable, avec des conséquences imprévisibles et des implications régionales étendues. Le régime y a activement contribué en montant les minorités les unes contre les autres, en donnant carte blanche aux bandes de casseurs et en laissant les forces de sécurité régner en toute impunité. La guerre civile, qui selon toute vraisemblance est déjà une réalité dans certaines régions de Syrie, est une menace pour la population syrienne mais aussi pour toute la région.»

Alors, «afin sans doute de rassurer l’opposition syrienne qui réclame depuis plus d’une semaine l’intervention urgente du Conseil de sécurité pour arrêter l’effusion de sang, le secrétaire général de l’Organisation arabe des droits de l’homme (OADH), Alaa Chelbi, a donc annoncé hier que le premier groupe d’observateurs arabes se rendrait «dans cinq points chauds en Syrie», ironise le quotidien algérien El Watan, choqué de voir que la présence de ces observateurs «n’a pas empêché le pouvoir syrien de continuer à réprimer de la manière la plus sauvage qui soit la population qui persiste à réclamer le départ du régime».

Le philosophe, exégète et historien, spécialiste de la philosophie juive Maurice-Ruben Hayoun écrit pour sa part sur son blog «Vu de la place Victor-Hugo», hébergé par la Tribune de Genève, que «le monde ne change décidément pas: toujours autant de victimes innocentes et d’effusions de sang. Partout, des morts et des blessés. […] Le plus grave, car le massacre se poursuit sur une grande échelle, c’est la Syrie» où, selon lui, «la Ligue arabe n’est pas à la hauteur». Car «elle n’entreprend rien, ne bouge pas et attend que le régime syrien, capable de féroces répressions, s’amende de lui-même, se retire, fasse grâce aux citoyens, redevienne fréquentable… Ce qui est une impossibilité pure.» Envoyer des observateurs, oui, «mais pour observer quoi?, demande-t-il. Que l’on massacre des gens presque désarmés, prêts à mourir pour leur liberté? C’est un anachronisme révoltant, puisqu’on en est déjà à plus de 6000 morts, dont plus de deux mille soldats!»

Homs, la troisième ville du pays, «est particulièrement visée par le régime pour abriter des contestataires et surtout la majorité des déserteurs de son armée, précise France Info. C’est donc à coups de tirs de mortiers et de mitrailleuses lourdes que les forces syriennes attaquent la ville, aveuglément […]. Mais que verront de ces combats les 50 observateurs arabes? […] Le Conseil national syrien, qui regroupe la majorité de l’opposition […], veut croire dans cette mission.» Il semble paradoxalement être le premier à douter de son efficacité.

Enfin, peut-être pour terminer sur une note d’espoir, le blog du Monde «Un Œil sur la Syrie» «présente à ses lecteurs ses meilleurs vœux pour l’année 2012. Il leur donne à nouveau rendez-vous dans les premiers jours du mois de janvier.كل عام وانتم بخير / Bonne année, dit-il. Il remercie tous ses visiteurs pour leur fidélité, pour leur soutien et leurs critiques, convaincu qu’au-delà des différences d’approche et malgré la rudesse de certains échanges, ils partagent avec lui un même amour de la Syrie et le souhait de voir tous les Syriens, sans exception, bénéficier un jour prochain de la dignité et de la justice auxquelles ils aspirent et auxquelles ils ont droit.»