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Des hommes fuient une zone bombardée par les forces syriennes et russes, à Alep.
© Anadolu Agency

Syrie

En Syrie, la Russie s’engouffre dans l’espace laissé par Donald Trump

Moscou lance une nouvelle offensive meurtrière en Syrie. Manière de prendre les devants avant l’arrivée du futur locataire de la Maison-Blanche

Son périple n’est pas passé inaperçu. Parti il y a un mois de Severomorsk, dans le grand Nord russe, laissant derrière lui une énorme traînée de fumée et franchissant le détroit de Gibraltar fin octobre, le porte-avions Amiral Kuznetsov devait bien arriver autour de la mi-novembre au large de la Syrie. Peu importait, encore, le résultat des élections américaines du 8 novembre. Il s’agissait pour la Russie de tirer profit de la période de transition aux Etats-Unis pour infléchir de manière irréversible le conflit syrien.

Principales cibles désignées pour le porte-avions: les quartiers rebelles d’Alep ainsi que la ville d’Idlib, ces deux villes sans lesquelles la rébellion syrienne n’aura plus la moindre chance de menacer le régime de Bachar el-Assad.

La victoire du républicain simplifie les choses pour les Russes

Entre-temps, la victoire de Donald Trump, à première vue, a simplifié les choses pour Moscou. Lundi, le président élu américain a eu une conversation au téléphone avec Vladimir Poutine. Une manière, disait le Kremlin, de jeter les bases d’un «partenariat» fondé sur «l’égalité, le respect mutuel et la non-interférence dans les affaires internes de l’autre.»

Une étape, répondait l’équipe de Donald Trump, pour établir «une relation solide et durable avec la Russie et le peuple russe». Quelques heures plus tard, le Kuznetsov entrait effectivement en jeu, menant des actions de guerre pour la première fois depuis sa construction, en 1985.

Bombardements sans précédent

Chasseurs bombardiers russes et syriens ont, depuis lors, effectué des bombardements sans précédent depuis des mois. A Alep, et les villages environnants, au moins une quarantaine de civils auraient été tués; trois hôpitaux ont été directement ciblés, qui venaient en aide à quelque 10 000 personnes par mois selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Des dizaines de bombes ont été larguées sur Idlib mais aussi dans la petite ville d’Al-Waer (province de Homs), malgré le fait que la rébellion, comme une partie de la population, avait été évacuée de cette ville il y a deux mois, et qu’elle était citée en exemple d’un retour «ordonné» d’une partie du pays en faveur des troupes loyales à Bachar el-Assad. Les bombardements d’Al-Waer avec des bombes incendiaires, comparables à du napalm, semblent toutefois démontrer que la reddition n’était pas encore totale.

Lire aussi: «Alep, c’est terminé. Il n’y a plus moyen d’entrer»

«Nous avons commencé une opération de vaste ampleur sur les positions de l’Etat islamique et de Jabhat al-Nusra (Al Qaida) à Idlib et à Homs», confirmait mardi le ministre russe de la défense Sergeï Choïgou, en laissant dans l’ombre le destin d’Alep. A de nombreuses reprises, le candidat Donald Trump avait mis en avant la «bonne entente» possible entre les Etats-Unis et la Russie, a fortiori s’il s’agissait de venir à bout des djihadistes. A son tour, Choïgou a rappelé la conversation téléphonique entre Trump et Poutine, arguant qu’il s’agissait d’«unir les efforts dans la lutte contre l’ennemi commun, l’extrémisme et le terrorisme international».

Dans les faits, l’administration de Barack Obama n’a pas mené, en Syrie, une politique très différente de celle que l’on prête au futur président Trump, ne soutenant que de manière extrêmement limitée la rébellion opposée à Bachar el-Assad. Le Kremlin, cependant, semblait redouter l’arrivée à la Maison-Blanche d’une Hillary Clinton perçue comme plus «belliciste» que son prédécesseur démocrate.

Divisions républicaines

La partie, cependant, ne semble pas totalement jouée avec l’arrivée de Donald Trump, ce qui explique aussi l’empressement de la Russie sur le terrain. Se convertissant immédiatement en principal opposant interne au vainqueur en matière de politique étrangère, le sénateur républicain John McCain s’en est vivement pris à une possible «complicité» du futur locataire de la Maison-Blanche «dans les actes de boucherie de Poutine et d’Assad contre le peuple syrien». Un John Bolton, proche des néoconservateurs et dont le nom a été évoqué comme le possible nouveau secrétaire d’Etat prône, lui aussi, une position plus dure vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine.

Le Congrès durcit le ton

A la vérité, Donald Trump pourrait bien faire face, au sein de son propre parti, à ce qui s’apparenterait à un semblant de première rébellion à propos de la Syrie. Le Congrès américain, dominé par les républicains, vient ainsi d’adopter une loi qui vise à durcir les sanctions contre le régime syrien, mais aussi contre ses alliés russe et iranien, accusés de «crimes contre l’humanité».

La loi porte le nom de «César», ce transfuge du régime syrien qui a documenté, avec plus de 50 000 photos, les atrocités commises par le régime syrien. Un texte qui pourrait compliquer la «bonne entente» promise entre Trump et Poutine mais qui, de manière très significative, a aussi été secrètement combattu par l’administration Obama. A l’époque de sa conception, il est vrai, le porte-avions Kuznetsov n’avait pas encore franchi le détroit de Gibraltar…

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