Crise des réfugiés et conflit syrien sont désormais indissociables. Alors que l’Europe se résout à organiser l’accueil d’une partie des migrants, les négociations sur la Syrie reprennent sur de nouvelles bases à Genève. La Suisse se profile comme un acteur de la médiation. Le Fribourgeois Nicolas Michel a été confirmé comme l’une des quatre personnalités chargées de diriger un groupe de travail sous la direction de Staffan de Mistura, le médiateur de l’ONU sur la Syrie.

La reprise du dialogue sur la Syrie se dessine dans un contexte international qui a évolué depuis l’accord sur le nucléaire iranien, estime le ministre des Affaires étrangères Didier Burkhalter. A la veille de son départ pour New-York où se tient l’Assemblée générale de l’ONU, le conseiller fédéral livre son analyse.

Le Temps: Quel rôle joue la Suisse dans la reprise du dialogue sur la Syrie?

Didier Burkhalter: Le Conseil fédéral a annoncé vendredi dernier une aide supplémentaire de 70 millions de francs pour la Syrie et l’Irak qui intègre le soutien pour un dialogue politique en Syrie. Ce projet de l’ONU rappelle ce qui a été fait pour l’Ukraine. Une structure de médiation internationale a été mise en place qui réunit toutes les grandes puissances et les acteurs régionaux de la crise. C’est fondamental. On n’y était pas parvenu jusqu’ici, c’est un grand changement.

– Pourquoi est-ce désormais possible?

– L’accord sur le nucléaire iranien change complètement la dynamique. Cela évolue très vite. Cela a permis une reprise du dialogue entre la Russie et les Etats-Unis. Dans le même temps, l’avancée de l’Etat islamique et la crise migratoire change la perception du conflit. Il y a désormais une compréhension mondiale de la nécessité de tout faire pour mettre un terme au conflit syrien, à cette guerre civile entre le régime de Bachar al-Assad et les groupes armés. La médiation doit réunir tous les acteurs principaux.

– Qu’en est-il du fonctionnement de ces groupes de travail?

– C’est comparable à ce qui s’est fait pour l’Ukraine. Nous sommes en contact permanent avec l’envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura. Nicolas Michel, qui travaille à ses côtés depuis quelque temps, dirigera l’un de ces groupes. L’expérience du dialogue ukrainien mené sous l’égide de l’OSCE peut se transcrire dans le cas syrien. C’est frappant. Sauf qu’en Ukraine nous avons un groupe de contact trilatéral (red: Ukraine, Russie, OSCE), alors qu’ici c’est beaucoup plus important.

– Que fait concrètement la Suisse?

– Nous travaillons avec M. de Mistura dont nous sommes particulièrement proches. Nous mettons à disposition un environnement favorable, la logistique pour les rencontres. Cela devrait être très intense et en principe cela se passera à Genève. Par ailleurs, plusieurs diplomates suisses participent à la médiation.

– Quel est le calendrier de ces discussions?

– Nous souhaitons que cela démarre au plus vite. La Suisse est prête, le Conseil fédéral pousse en ce sens. J’étais en Suède et en Allemagne la semaine dernière pour en parler. C’est à l’ONU de dire quand cela peut démarrer. Le Conseil de sécurité a demandé un rapport préparatoire pour novembre. C’est complexe, il peut y avoir des blocages à tout moment. On voit par exemple ces jours-ci l’intensification des activités militaires russes.

– Il manque encore les acteurs principaux de cette crise, les Syriens?

– Je veux saluer l’engagement de Staffan de Mistura qui fait du très bon travail. On sait combien c’est difficile de mener cette tâche dans un pays qui est toujours en guerre. Il est difficile d’avoir tout le monde autour d’une table alors que l’on se tire dessus. Il faut amener les principales composantes à négocier.

– Peut-on négocier avec Bachar al-Assad?

– Aucune solution n’est possible en Syrie si l’on ne travaille pas avec l’éventail le plus large possible, y compris avec des composantes du pouvoir.

– Doit-on aussi inclure l’Etat islamique?

– Non, personnellement je ne pense pas.

– Vous parliez d’une nouvelle dynamique depuis l’accord sur le nucléaire iranien. Cela veut dire quoi?

– L’Iran est intéressé à discuter. C’est ce qu’a toujours défendu la Suisse. L’Iran fait partie de la solution. C’est une des raisons pour laquelle on n’a pas pu avancer avec les précédentes conférences de Genève (qui excluaient Téhéran). Depuis 2013, la Suisse a instauré un dialogue humanitaire trilatéral avec l’Iran et la Syrie. Il faut travailler avec les acteurs régionaux pour améliorer l’accès aux victimes en Syrie où les conditions de travail sont très compliquées. Ce dialogue a permis d’améliorer certaines choses. L’Iran est impliqué. C’est une spécificité de la Suisse de travailler ainsi.

– Vous partez pour l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Qu’en attendez-vous?

– La Suisse veut faire bouger les fronts, nous voulons secouer la communauté internationale comme nous l’avons déjà fait la semaine dernière en appelant à donner plus de moyens aux organisations internationales. Il faut croire à des accords possibles, au dialogue, à une solution politique. Durant ces trois jours à New York, il sera essentiellement question de migration, de la Syrie et de l’extrémisme violent. J’espère que la Russie et les Etats-Unis saisissent cette occasion pour avancer vers une solution. Les deux pays se parlent plus intensément sur l’Iran et la Syrie. C’est très positif.

– Et l’Ukraine?

– Cela reste un problème. Il y a la question de la Crimée, l’est de l’Ukraine, les aspects stratégiques tels que la perception du rôle de l’OTAN ou encore la connectivité économique dans toute la région. Tout cela n’est pas résolu. La crise va durer. Mais je suis optimiste. Si la collaboration internationale reprend, cela peut avoir un effet positif sur l’Ukraine. Il faut favoriser le dialogue Est-Ouest.