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A Arbine, l’enclave rebelle de la Ghouta orientale, après les bombardements du régime syrien.
© AMER ALMOHIBANY/AFP Photo

conflit

En Syrie, une guerre presque mondiale

En quelques jours, la guerre syrienne a montré de sérieux risques d’escalade. Voisins régionaux et grandes puissances sont à couteaux tirés. En trois tableaux, état des lieux d’un conflit qui pourrait déborder des frontières régionales

On disait la guerre de Syrie en voie d’extinction. Soutenu par la Russie et l’Iran, le pouvoir syrien semblait à même de reprendre progressivement le dessus et d’imposer sa loi sur l’ensemble du territoire. Mais, sept ans après son déclenchement, le conflit vient de prendre soudainement un tour nouveau. En l’espace d’une seule semaine, au moins trois menaces de guerres différentes, qui concernent aussi bien des puissances régionales que la Russie et les Etats-Unis, se sont brutalement manifestées, faisant craindre un débordement généralisé.

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Si les mots ont de l’importance, ils étaient alarmants au sein du Conseil de sécurité de l’ONU, réuni ce mercredi: nous sommes devant un «risque de confrontation régionale et internationale», disait le représentant français. C’est l’un des moments les plus «violents, préoccupants et dangereux» depuis le début de la guerre, enchaînait l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura. Même limitée géographiquement à l’espace syrien, la guerre est pratiquement devenue une affaire mondiale. La preuve en trois tableaux.

■ Les tensions entre Israël et l’Iran

Un drone iranien abattu samedi au-dessus d’Israël. Des avions de combat israéliens qui, en représailles, détruisent à Tiyas, au cœur de la Syrie, le centre de commandement tenu par les Gardiens iraniens de la révolution d’où serait parti l’engin. Puis, à son tour, la défense syrienne réagit et abat l’un des F-16 israéliens, le premier appareil israélien à tomber au combat depuis… 1982. Sans que cela ne soit crié sur les toits, les représailles israéliennes n’ont plus cessé ces jours. La mécanique est en marche.

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Jusqu’ici, Israël avait fait mine de se tenir à l’écart du conflit syrien, semblant compter aussi bien sur les Etats-Unis que sur la Russie pour qu’ils maîtrisent ce que l’Etat hébreu perçoit comme la principale menace se profilant à sa porte: la mainmise, en Syrie, de l’Iran et du Hezbollah, son allié libanais. Dans cette perspective, Israël semble désormais déterminé à se défendre seul.

Apparemment soucieux de récolter la moisson de sa participation à la guerre syrienne, l’Iran multiplie en effet la construction d’installations qui, à l’instar du centre militaire de Tiyas, sont destinées à durer. Une aile syrienne du Hezbollah regroupe déjà des milliers de combattants qui, à l’instar de ce qui se passe depuis longtemps au Liban, fonctionnent en dehors de tout pouvoir national. Israël, de son côté, aurait commencé à équiper certains groupes rebelles dans le sud de la Syrie, restés orphelins après le retrait décidé dans la région par l’administration américaine. «Nous devons nous préparer, disait ces jours Amit Fisher, le commandant des forces israéliennes dans la région. Le grand test sera celui de la guerre.»

■ La confrontation russo-américaine

Kirill Ananyev, Alexei Ladygin, Stanislav Matveev… Leurs noms sont en train d’apparaître l’un après l’autre grâce notamment au travail d’enquêteurs russes indépendants. Combien à avoir été tués la semaine dernière par l’aviation américaine? Après avoir nié en bloc, Moscou reconnaissait pour la première fois jeudi que «5 Russes pouvaient avoir été tués» lors de cette première confrontation directe à avoir eu lieu en Syrie entre les deux grandes puissances. Ces hommes faisaient partie d’une vaste colonne armée qui a tenté de s’en prendre, aux abords de l’Euphrate, aux miliciens kurdes alliés aux Etats-Unis. En ligne de mire: les champs gaziers et pétroliers qui entourent la ville de Deir Ez-Zor.

A ce propos: A Deir ez-Zor, le faux calcul fatal des forces pro-Assad

Les autorités russes ont depuis lors tenté de minimiser l’événement. Mais elles n’ont pas réussi à rendre invisible le retour de ces corps. Pour une partie d’entre eux, il s’agirait de cosaques, provenant de la région du Don, qui avaient déjà fait récemment leur baptême du feu en Ukraine. Aujourd’hui, ces troupes combattent en Syrie en tant que mercenaires, recrutées par une entreprise nommée Wagner, dont les liens avec le Ministère russe de la défense sont bien établis. Comme en Ukraine hier, Moscou nie toutefois tout lien organique avec ces milices déployées sur le terrain.

Mais ces démentis n’enlèvent rien à la perception générale et au sentiment que, d’une certaine manière, la Russie est déjà en guerre contre les Etats-Unis. Dans un texte publié par les cosaques de la Baltique en hommage à l’un des morts, il était question de «défendre héroïquement notre patrie contre les invasions des barbares affolés». L’homme, ajoutait le communiqué, est mort «pour la patrie, les cosaques et la foi orthodoxe». Une exaltation patriotique à laquelle il sera difficile pour le Kremlin de ne pas répondre.

■ Turquie et Etats-Unis, l’alliance rompue

Le troisième risque d’escalade est a priori le plus inattendu. «Soit nous améliorons nos relations avec les Etats-Unis, soit elles vont s’effondrer complètement», résumait récemment le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu. Au-delà des mots, ces relations ont rarement paru plus menacées.

Depuis qu’elle a lancé son opération militaire «Rameau d’olivier» dans le nord de la Syrie le 20 janvier, la Turquie n’en fait pas mystère: elle entend s’emparer non seulement de la ville d’Afrine (qu’elle a commencé à bombarder) mais aussi de Manbij, une centaine de kilomètres plus à l’est. Or cette offensive turque, qui vise avant tout à interdire la progression sur le terrain des miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), risque à tout moment de trouver sur sa route les conseillers américains, réunis en nombre à Manbij, qui soutiennent ces mêmes forces kurdes.

«Le rapprochement entre la Turquie et la Russie s’est développé en parallèle de cette implosion totale des relations avec les Etats-Unis», analyse Aaron Stein, chercheur à l’Atlantic Council. «Or cela fait craindre que Moscou et Ankara puissent s’accorder (aux côtés de Téhéran et de Damas) pour accroître la pression contre les Etats-Unis.» Même une alliance vieille de plus de soixante ans au sein de l’OTAN ne semble pas en mesure de résister aux tiraillements que suscite aujourd’hui cette nouvelle étape de la guerre syrienne.

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