Grèce

Syriza promet une hausse des salaires

En cas de victoire aux législatives, Syriza proposera le relèvement du salaire minimum. L’argument fait mouche après cinq ans d’austérité

Syriza appâte les électeurs avec une hausse des salaires

Grèce En cas de victoire aux législatives, la gauche radicale proposera le relèvement du salaire minimum

L’argument fait mouche après cinq ans d’austérité

En Grèce, Syriza, le parti de la gauche radicale, place la fin de l’austérité au cœur de sa campagne pour les législatives qui se tiendront le 25 janvier prochain. Il propose de relever le salaire minimum à son niveau d’avant la crise, c’est-à-dire 751 euros par mois contre 586 euros actuellement. En cas de victoire de Syriza, cette mesure pourrait cependant créer des frictions importantes avec les créanciers du pays, alors que les négociations pour le versement de la dernière tranche d’aide doivent reprendre après les élections.

Lunettes de soleil et casque sur la tête, Athanassie Potamianou arrive en scooter. C’est le moyen de transport le plus pratique pour cette enseignante de 55 ans. Chaque semaine, elle sillonne Nea Smyrni, une commune du sud d’Athènes, faisant la navette entre les cinq écoles primaires dans lesquelles elle travaille.

Après avoir été traductrice, elle est devenue prof de français dans le public il y a quinze ans. Aujourd’hui, elle touche le même salaire qu’elle touchait en début de carrière, soit 1000 euros net par mois pour 22 heures de cours par semaine. En cinq ans d’austérité, son salaire a baissé de 30%. «C’est arrivé petit à petit», se souvient-elle dans un français teinté de grec: «On s’est habitué peu à peu aux mauvaises nouvelles. Progresser par étapes était une tactique: ils ne s’en sont pas pris à tous les enseignants d’un coup. Ils ont commencé avec les nouveaux venus. Cela a permis de disperser les mouvements sociaux.»

Athanassie Potamianou n’a pas d’enfants. Elle dit vivre correctement, même si avant c’était plus facile: «Il y a quinze ans, avec l’équivalent de 1000 euros en drachmes, on pouvait mettre un peu de côté en faisant attention, maintenant c’est juste. Entre la nourriture, le loyer, la voiture, on ne peut pas faire de projets, ni voyager ou acheter des livres.» Si les salaires ont baissé, le coût de la vie n’a pas suivi le même mouvement. Alors que les premières mesures d’austérité ont été prises en 2010, les prix n’ont commencé à chuter qu’en 2013.

Le secteur privé n’a pas été épargné non plus par la baisse des salaires. Avant février 2012, le minimum était de 751 euros brut par mois. Il est aujourd’hui de 586 euros. Le salaire moyen a subi la même chute. Selon la principale caisse d’assurance sociale grecque, il est passé de 1014 euros mensuels à 817 euros l’année dernière.

C’est plus que ce que gagne Giorgos Rovolas aujourd’hui. Ce serveur travaille dans une taverne traditionnelle de Metaxourgeio, un joli quartier aux maisons basses au bord du centre-ville d’Athènes. Avec un seul salaire et deux enfants, il n’arrivait plus à payer la taxe annuelle de 1100 euros sur sa voiture. Il s’en est donc débarrassé l’année dernière. «Ce métier est fatigant», explique-t-il. «Je vois peu ma famille. Je voulais faire autre chose à l’age 38 ans, mais aujourd’hui j’en ai 40 et je m’estime heureux d’avoir un travail.»

Il détaille sans ciller son budget: il a perçu 9000 euros net cette année. Cela fait 40 euros la journée, mais il ne travaille pas tous les jours. En comparaison, il y a cinq ans, il était payé 60 euros par jour. Cette année, il devra verser 900 euros d’impôts calculés sur ce qu’il gagne, mais aussi sur ce qu’il est censé dépenser pour un foyer de quatre personnes. Il y a encore les pourboires, soit environ 20 euros par jour travaillé, mais ils ont malheureusement baissé avec la crise.

Cette situation l’oblige à faire des sacrifices: Antonis, son fils de 5 ans, avait commencé la piscine en septembre, il a dû arrêter les cours car ses parents n’arrivaient plus à payer. Quand on demande à Giorgos Rovolas s’il reçoit un peu d’aide de sa famille, ses yeux s’assombrissent car ses deux parents sont malades: «Je pense que c’est plutôt à moi de les soutenir.»

La baisse des salaires devait permettre de rendre le pays plus compétitif, mais, selon Savvas Robolis, économiste et candidat de Syriza aux élections européennes, avec un chômage à près de 26% de la population, c’est un échec: «Non seulement elle a provoqué la crise sociale en cours, explique cet ancien directeur de l’Institut du travail d’Athènes – un organe de la confédération des syndicats des travailleurs du privé –, mais elle n’était pas non plus adaptée à la structure de l’économie grecque, surtout composée de petites entreprises.» Lorsque les Grecs ont diminué leurs achats, ces entreprises ont vu leur chiffre d’affaires chuter, les rendant incapables d’embaucher. «En 2008, il y avait 900 000 entreprises en Grèce, elles ne sont aujourd’hui plus que 550 000», confirme Valia Aranitou, la directrice du centre de recherche de la Confédération nationale du commerce hellénique, qui représente elle-même 250 000 entreprises. Elle demande également le retour du salaire minimum à son niveau d’avant la crise pour relancer la consommation intérieure. Mais la baisse des salaires reste au cœur du programme d’austérité demandé par les créanciers de la Grèce en échange du versement de l’aide. En cas de majorité claire de la gauche radicale lors des élections législatives, les négociations avec les créanciers de la Grèce pour le versement de la dernière tranche d’aide promettent d’être ardues.

«Entre la nourriture, le loyer, la voiture, on ne peut pas faire de projets, ni voyager ou acheter des livres»

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