Négocier avec les talibans semble désormais être la seule issue à un conflit qui gagne chaque jour en intensité en Afghanistan entre les insurgés et les troupes gouvernementales encadrées par une coalition internationale de 70000 hommes. Mardi, dans un message à l'occasion de la fête religieuse Eid al-Fitr, le président afghan, Hamid Karzaï, a demandé au mollah Mohammed Omar, l'ex-dirigeant du régime taliban qui avait fui au Pakistan après l'intervention alliée de 2001, de «revenir au pays» pour participer à la reconstruction nationale. «Que les talibans n'aient pas peur des étrangers. Je vous protégerai s'ils veulent vous faire du mal.»

Considéré par ses ennemis comme une marionnette des Américains, Hamid Karzaï a expliqué avoir demandé à plusieurs reprises depuis deux ans l'aide du roi d'Arabie saoudite pour reprendre le dialogue avec les talibans. Il a toutefois démenti que des négociations étaient déjà en cours.

Dès 2002, Hamid Karzaï a tenté de réintégrer une partie des talibans au sein du pouvoir afghan. En vain. Il essaie à présent, avec l'aide de l'Arabie saoudite et du Pakistan, et le soutien de la Grande-Bretagne, de relancer le processus. Les Etats-Unis et le général Petraeus, qui supervise depuis peu les opérations en Afghanistan, se sont ralliés à cette tactique avec l'espoir d'isoler les combattants internationaux d'Al-Qaida des autres insurgés, en particulier pachtounes, qu'ils soient afghans ou pakistanais, afin de négocier de nouveaux accords avec les chefs tribaux sur le modèle de ce qui s'est fait en Irak avec les milices sunnites.

«Créer la désunion»

La réponse des talibans, et du mollah Omar en particulier, ne s'est pas fait attendre. C'est une fin de non-recevoir. Ce dernier indiquait hier dans un texte diffusé sur Internet qu'il y a «des milliers de forces de sécurité... et il est clair que ce sont des criminels, des voleurs, et le peuple ne fait aucune confiance à ces forces de sécurité». Les autorités afghanes et américaines viennent de décider d'augmenter les rangs de l'armée afghane de 80000 à 134000 hommes. Dans un communiqué publié dimanche, les talibans avaient catégoriquement nié l'existence de canaux de discussion avec le gouvernement Karzaï: «Le but de cette propagande est de créer la désunion parmi les musulmans pour affaiblir l'oumma (communauté des croyants). Notre lutte continuera jusqu'au départ de toutes les troupes étrangères.» Le message est clair: désormais, talibans et soldats d'Al-Qaida sont unis dans la lutte.

Les talibans ont par ailleurs revendiqué l'assassinat, dimanche, de Malalai Kakar, une policière de 40 ans qui était devenue un symbole du rôle des femmes dans la reconstruction du pays. Basée à Kandahar, ex-fief taliban, elle participait à la traque des insurgés et servait de relais avec les villageois pour débusquer les talibans. Forts de leurs récents succès, les talibans sont moins que jamais disposés à transiger avec le pouvoir démocratiquement élu de l'Afghanistan.