Ils ont attaqué quatre heures durant, transformant le centre de Kaboul en champ de bataille. Lundi matin, un commando taliban a pris d’assaut la capitale. Plusieurs kamikazes – vingt selon un porte-parole du groupe terroriste – ont tenté de se faire exploser, tandis que d’autres combattants tiraient à la kalachnikov et à la mitrailleuse en direction du palais présidentiel et des ministères. A la mi-journée, les autorités ont assuré avoir rétabli le calme, faisant état d’un bilan de cinq morts et 38 blessés. L’analyse d’Olivier Guillard, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques, à Paris.

Le Temps: S’agit-il d’une nouvelle étape dans la confrontation entre les talibans et le pouvoir afghan? Olivier Guillard: Des attaques perpétrées par la co-entreprise talibans-Al-Qaida-opposants à Karzaï ont lieu quasiment chaque mois dans Kaboul. Il s’agit là d’une nouvelle démonstration de la fragilité du dispositif sécuritaire et donc du pouvoir. Cet assaut intervient en revanche dans un contexte particulier. La deuxième administration Karzaï a du mal à trouver le soutien du Parlement et le commandant des forces armées américaines en Afghanistan, le général McChrystal, vient d’évoquer des résultats positifs sur le terrain – ce qui est absurde quelques jours après que des membres de la CIA aient été tués. On assiste ainsi à un message à Karzaï, aux Américains et à la population, afin de dissuader les ardeurs de ceux qui voudraient s’engager dans une milice financée par Washington. Il répond encore aux frappes des drones dans les zones tribales pakistanaises, censées affaiblir les talibans pakistanais.

- Malgré le dispositif déployé, l’attaque ne s’est pas soldée par un massacre. La preuve d’une certaine efficacité des forces de sécurité afghanes ou d’un manque de coordination des talibans? - Le bilan n’est pas cataclysmique mais l’assaut montre qu’il est encore possible de frapper dans la capitale. Il a peut-être été planifié dans l’urgence afin de répondre au contexte régional que je viens d’évoquer. L’essentiel était sans doute de montrer que Kaboul demeure exposée, en dépit du renforcement constant de l’arsenal sécuritaire.

- Al-Qaida avait d’abord été évoquée, puis les talibans. Qu’en est-il? - Je ne suis pas au cœur de la matrice mais nous savons de façon quasi-établie que les talibans afghans, les talibans pakistanais et Al-Qaida collaborent.

- Qui contrôle quoi? - Al-Qaida est affaiblie et repliée dans les montagnes pakistanaises, elle ne contrôle rien en soi mais dispose de relais, a priori des petites cellules plus ou moins reliées entre elles. Les talibans règnent en revanche sur des pans entiers du territoire afghan. Plus de la moitié des 30 provinces du pays leurs sont dévolues. Ils bénéficient en outre de ressources plus cachées au Balouchistan et dans le riche Penjab, région la plus peuplée et la plus proche du pouvoir.

- Barack Obama a voulu faire de l’Afghanistan une priorité. Les résultats ne semblent guère probants. - Il est trop tôt pour le dire. Lorsque les forces américaines ont annoncé leur changement de stratégie, elles n’avaient pas pour ambition de régler le problème en cent jours. Les choses vont se mettre en place peu à peu. Les renforts dont on a tant parlé ne seront sur place qu’au printemps prochain.