«Des questions, par foison», dit Le Progrès de Lyon. Après la tuerie de Chevaline, en France voisine, qui fait les gros titres de l’actualité depuis deux jours – surtout outre-Manche –, tout le monde se pose la même question, à l’instar de 20 minutes: mais comment est-il possible qu’une fillette de 4 ans ait dû et surtout pu passer huit heures «prostrée contre le corps inerte de sa maman dans une voiture criblée de balles avant que la police ne la libère de son cauchemar», frigorifiée et mutique? C’est en tout cas ce qu’a déclaré jeudi matin sur France Info le procureur d’Annecy, Eric Maillaud.

Le Matin de Lausanne revient sur l’affaire (voir les chronologies très utiles de TF1 et du Messager de Thonon-les-Bains) avec pas moins de trois pages consacrées à ce massacre hors norme», dont une précisément centrée sur cet aspect-là du drame. Où l’on apprend que «le secrétaire national du syndicat Synergie Officiers se demande «pourquoi les autorités de la gendarmerie nationale n’ont pas fait appel aux techniciens de l’Institut national de police scientifique situé à Ecully, à une heure de route en voiture de la scène de crime de Haute-Savoie». Il trouve inadmissible qu’ils aient attendu l’arrivée de spécialistes de l’Institut de recherche criminelle venus» de Rosny-sous-Bois, près de Paris. Le même syndicat, dans la Tribune de Genève, «dénonce l’ineptie d’un système dual et dispendieux qui confine au ridicule».

Le gel de la scène

L’explication, qui vaut ce qui vaut, c’est le «gel» de la scène de crime. «On avait pour consigne de ne pas entrer dans le véhicule, pour ne pas modifier le positionnement des corps, explique au quotidien genevois le lieutenant-colonel Benoît Vinnemann, de la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry. Impossible par ailleurs d’ouvrir les portes, de crainte d’en briser les vitres fissurées par l’impact des balles et de compromettre l’enquête balistique.»

Officiellement, maintenant, «toutes les pistes» sont envisagées, des «plus crapuleuses» au «drame familial», selon les mots du procureur de la République. La station de radio française poursuit en disant que «les enquêteurs mènent sans doute des investigations tous azimuts, mais n’en pipent mot. On parle, par exemple, d’un 4x4 qui aurait été vu dans les parages par plusieurs témoins... [...] La presse britannique, elle, ne s’embarrasse pas de tant de prudence. C’est par elle que l’identité des victimes est arrivée», dont cet homme de 50 ans, un Britannique né en Irak – sa famille a fui le pays dans les années 1970 –, ingénieur informatique soit-disant «sans histoire».

Multiples scénarios

Sauf que, selon le Daily Mail, «l’homme était connu des services de renseignement britanniques. En fait, il avait été mis sous surveillance lors de l’intervention américaine de 2003 en Irak.» Mais rien de plus. Sauf que, aussi, relate Le Monde, le Foreign Office s’est «refusé à confirmer officiellement la nationalité des vacanciers retrouvés morts» et se contente de préciser qu’il n’y a aucune restriction touristique pour les Britanniques dans cette région! Alors, de là à penser qu’il s’agit d’un règlement de comptes dans la sphère du renseignement et de la politique irakienne, il y a de la marge.

Ce qui n’empêche pas la presse britannique de multiplier les articles. Le Daily Mirror évoque ainsi un «carjacking» qui aurait mal tourné. Pour l’Independent, il s’agirait d’un braquage. Une hypothèse reprise par plusieurs autres publications, notamment par le Daily Telegraph, qui évoque des gangs ciblant les touristes circulant en voiture. Le quotidien affirme que des «centaines de touristes britanniques ont été victimes de tels vols, particulièrement en Espagne mais aussi en France». Ou qu’à l’origine de la tuerie, il y aurait, «très banalement, une dispute de famille. Un différend sur le partage de la succession.» Le frère d’une des victimes aurait proféré des menaces à plusieurs reprises.

Le Guardian publie, lui, une intéressante analyse, plus générale, qui se penche sur cette propension qu’ont les Français à toujours se demander ce que les étrangers pensent d’eux. Sale coup pour la paroisse, si l’on ose dire. D’ailleurs, le maire de Chevaline, Didier Berthollet, est «assailli par les journalistes anglais», à en croire Le Dauphiné libéré. «Ces derniers, dit-il, n’hésitent pas à évoquer des pistes. Comme un attentat d’Al-Qaida ou même irlandais!»