Baba Louba vient chaque matin, ou presque, devant le seul supermarché ouvert à 3 kilomètres à la ronde, dans Joukovski, un quartier détruit de Kharkiv. Elle n’habite pas bien loin, à une vingtaine de minutes à pied, peut-être un peu plus car, à 82 ans, elle marche sans presser le pas. Baba Louba vend des tulipes et des fleurs de lilas roses et blancs qu’elle cueille dans son jardin. Qu’il neigeote ou que les frimas d’avril soufflent sur l’avenue, elle est fidèle au poste, entre deux arbres maigres et les cratères des obus. «J’en ai tellement vu, explique-t-elle, j’ai traversé tant de malheurs que plus rien ne peut m’affecter aujourd’hui.» On la croit volontiers.