Terrorisme: les réactions

Tarek Oubrou: «Les tueurs de Charlie Hebdo ont profané la mémoire de notre prophète»

Recteur de la mosquée de Bordeaux, Tarek Oubrou appelle tous les imams de France à réagir ce vendredi pour «dénoncer ce crime odieux». Entretien

Tarek Oubrou est l’une des voix musulmanes les plus écoutées en France. Défenseur d’un islam libéral et ouvert, lui-même plusieurs fois menacé de mort, il prône une réaction vigoureuse de la communauté musulmane.

Le Temps: Quels seront vos premiers mots, lors de votre prêche de ce vendredi à la mosquée de Bordeaux?

Tarek Oubrou: Il nous faut tous dénoncer ce crime odieux. Rien ne peut justifier une telle profanation de la mémoire du prophète. La vengeance n’est pas dans la nature de notre prophète qui pardonna à ceux qui tuèrent une partie de sa famille. Nous devons aussi condamner sans ambages cet acte contre la liberté et contre la démocratie. Des générations ont combattu pour la liberté dont nous bénéficions tous aujourd’hui. Ce vendredi doit être le jour où la communauté musulmane de France lance un appel vibrant à nos concitoyens. Un appel à ne pas céder. A ne surtout pas se replier.

Le Temps: Craignez-vous aujourd’hui des actes de représailles contre les lieux de culte musulmans?

– Je reste confiant. Je crois à la capacité de discernement du peuple français dont les musulmans font pleinement partie. Nous devons incarner un islam tranquille, résolument hostile à l’extrémisme.

Le Temps: Charlie Hebdo, n’est-ce pas le mot tabou dans les mosquées?

– J’en ai parlé pour ma part à plusieurs reprises. Je le referai. J’ai toujours dit publiquement que nous n’avons pas besoin de manifester contre les caricatures et que les crimes commis au nom de défense de la religion ne seront jamais acceptables. Vous savez, j’ai expérimenté moi-même cette folie. A deux reprises, des jeunes déboussolés sont venus dans ma mosquée pour me menacer de mort. Faire face à cet affreux déséquilibre mental, être confronté à cette folie, c’est se retrouver au bord d’un abîme. Qui sont ces tueurs? Des jeunes perdus. Des fous. Cette réalité nous menace tous. N’oubliez pas qu’à travers le monde, les musulmans paient tous les jours le prix le plus fort de cette folie et de cette barbarie. On est dans la folie, dans la manipulation. Dans de nombreux pays, des fidèles sont tués et des mosquées attaquées.

Le Temps:– Votre sermon de ce vendredi marquera le début d’autres initiatives?

– Nous entamerons ensuite une marche vers la mairie de Bordeaux. Nous répéterons tous ensemble ce refus de la haine et de l’horreur. Je suis habitué à tenir un langage franc. Aujourd’hui, notre responsabilité, comme celle de tous les dignitaires religieux, est énorme.

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