France

Tariq Ramadan dans l’étau policier

L’islamologue suisse a été, mercredi, placé en garde à vue par les policiers français chargés d’enquêter sur les accusations de viol portées contre lui. Une confrontation judiciaire qui accroît son isolement

L’étau policier et judiciaire s’est resserré, mercredi, sur Tariq Ramadan. Convoqué par les policiers parisiens chargés de l’enquête préliminaire déclenchée fin octobre 2017 suite aux deux plaintes pour «viol et violences volontaires» déposées contre lui, l’islamologue suisse, âgé de 55 ans, s’est rendu volontairement à cette convocation, pour être aussitôt placé en garde à vue. A l’heure d’écrire ces lignes, son interrogatoire se poursuivait, en présence de ses avocats français, Me Yassine Bouzrou et Me Julie Granier, sur les accusations formulées par les deux plaignantes pour des faits survenus à Lyon en 2009 et à Paris en 2012.

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Une mise en examen de l’intellectuel helvétique ouvrirait le chapitre des poursuites judiciaires et l’hypothèse d’un futur procès en France se profilerait. Tariq Ramadan a, de son côté, porté plainte en novembre pour «subornation de témoin» contre l’essayiste et chroniqueuse du magazine Marianne Caroline Fourest, qui a reconnu avoir transmis des documents à charge aux enquêteurs. Il a également porté plainte à Genève pour «propos calomnieux et diffamatoires» après les accusations formulées par quatre de ses anciennes élèves, dont la Tribune de Genève avait recueilli les témoignages. Selon nos informations, son avocat genevois, Me Marc Bonnant, n’était pas présent lors de la garde à vue parisienne.

Bureau déserté

Cette nouvelle étape judiciaire, quelle qu’en soit l’issue, promet d’accroître l’isolement du prédicateur, placé en novembre en disponibilité par l’Université d’Oxford – où il enseignait l’islam au College Saint Anthony – et déclaré mardi 30 janvier persona non grata par le Qatar, qui finançait sa chaire au Royaume-Uni. Malgré une mobilisation de ses soutiens, qui voient dans le processus judiciaire en cours un complot «sioniste international», Tariq Ramadan n’a presque plus pris la parole depuis que ses accusatrices l’ont publiquement interpellé sur les violences sexuelles dont elles affirment avoir été victimes. Il a juste dénoncé sur les réseaux sociaux une «campagne de calomnie» enclenchée par ses «ennemis de toujours». Le bureau de son association qu’il fréquentait chaque semaine à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris, est désormais déserté. Sa volonté affichée de demander la nationalité française – à laquelle il peut prétendre comme conjoint d’une épouse franco-suisse – paraît éteinte. Et l’Institut islamique de formation à l’éthique lancé en 2016 en France, sur le modèle du Centre de recherche sur la législation islamique et l’éthique (CIMEF) au Qatar, est aujourd’hui en sommeil. 

La défense du théologien affirme avoir versé au dossier des pièces censées discréditer la parole de la première plaignante, Henda Ayari, 41 ans, ancienne salafiste devenue militante féministe. Y figureraient notamment des extraits de conversations sur Facebook, au cours desquelles l’intéressée aurait continué de faire des avances explicites au théologien (qui n’y donne pas suite) deux ans après les faits qui lui sont reprochés. Les deux accusatrices avaient été entendues à Rouen et à Paris par les policiers français avant la garde à vue de Tariq Ramadan. Leurs avocats répètent depuis que l’une comme l’autre (la seconde a choisi de rester anonyme) se sont retrouvées, au fil de leurs rencontres avec lui, «sous une redoutable emprise sectaire». Henda Ayari a de nouveau porté plainte en novembre contre l’islamologue après avoir reçu des menaces et des injures.

Prises de distance

L’interrogatoire policier de Tariq Ramadan intervient à un moment où plusieurs figures de la communauté musulmane de France ont décidé de le tenir à l’écart, et alors que le président de la Fondation sur l’islam de France, l’ancien ministre Jean Pierre Chevènement, présente son premier rapport d’activité ce jeudi. A Bordeaux, l’imam Tareq Oubrou, l’une des figures de proue de l’islam hexagonal, s’est ainsi soigneusement tenu à l’écart de la polémique déclenchée par les accusations de viol. A Lyon, son ancien associé Yamin Makri, avec lequel il avait animé à l’été 2017 l’université du CIMEF à Abidjan en Côte d’Ivoire, décline les sollicitations des journalistes.

Un silence qui renvoie à la dernière visioconférence du professeur Ramadan, le 23 octobre 2017: «Je sais que certains d’entre vous s’attendent à des discussions sur d’autres sujets, qui concernent d’autres choses, avait alors déclaré ce dernier. Je ne parlerai pas de ces sujets-là. La justice va faire ce qu’il y a à faire pour que les choses soient clarifiées. Elles le seront. Inch’Allah».

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