Justice

Tariq Ramadan, l'heure de la contre-offensive médiatique

L'islamologue suisse, mis en examen pour viols, était vendredi matin l'invité de BFM TV avant la sortie, le 11 septembre, de son livre intitulé «Devoir de vérité». Sa contre-offensive médiatique est lancée pour dénoncer «le traquenard» dont il répète être victime

La contre-offensive médiatique de Tariq Ramadan s'annonce sans merci. Présent vendredi matin sur le plateau de BFM TV, quelques jours avant la sortie de son livre Devoir de vérité (Ed. du Chatelet) le 11 septembre, l'islamologue suisse a déroulé devant les caméras des explications avant tout destinées à saper la crédibilité des six femmes qui l'accusent de viol (dont une dernière en mai), et en particulier des deux victimes présumées de sévices sexuels dont les plaintes ont entraîné sa double mise en examen, puis son incarcération du 2 février au 15 novembre 2018.

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Un juge suisse devrait, à l’automne, venir l’entendre en France sur le dossier d'une des plaignantes, de nationalité helvétique, dont Tariq Ramadan a donné le prénom (Sarah).«Un tribunal populaire et médiatique m’a condamné […] Je n’ai aucune violence dans ma vie […] Je suis un homme de paix […] J’ai toujours défendu les femmes […] Je suis victime d’un traquenard», a-t-il plusieurs fois répété, citant l’enquête policière qui, selon lui, démontre que ses accusatrices étaient en contact direct avant et après les actes qui lui sont reprochés.

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Reconnaissant avoir menti aux enquêteurs sur ses relations sexuelles extraconjugales, l'universitaire s'en est justifié: «J’aurais dû dire la vérité. Mon mensonge se comprend par la nécessité de me protéger et de protéger ma famille. Mais je n’ai pas menti sur la réalité consentie des relations. Quand une femme me dit non, c’est non. Tout mon engagement personnel a été de m’opposer à la violence.»

Comparaison 
avec Nicolas Hulot

Et de comparer son cas avec celui de deux autres personnalités accusées de violences sexuelles puis exonérées, elles, par la justice française: l'ancien ministre Nicolas Hulot et l'actuel ministre des Comptes publics Gérald Darmanin. Preuve, selon, lui, du double standard des juges dont il dénonce dans son livre «l'hostilité profonde et affichée». «J’ai été ainsi traité parce que je suis une voix qui compte…» a-t-il poursuivi.

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Pour sa première intervention publique depuis sa sortie de prison – assortie d'une caution de 300 000 euros, d'une interdiction de sortir du territoire français et d'une obligation de pointer chaque semaine au commissariat – Tariq Ramadan s'est mué à son tour en accusateur, comme il le fait dans son ouvrage.

«Femmes jalouses»

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Dans son livre, le prédicateur dresse des plaignantes le portrait «de femmes jalouses, qui se sentaient flouées et ont cherché, a posteriori, à régler des comptes». Bis repetita sur le plateau de BFM TV où sa détermination est apparue implacable, et son état de santé (il avait été hospitalisé en détention) apparemment bon. «Mon pardon sera donné quand justice sera faite […] Je serai capable de pardonner quand ces femmes auront payé leur dette de justice […].»

S'appuyant sur l'enquête – sans que l'on puisse le vérifier et alors que les avocats des plaignantes démentent ses versions — l'intéressé accuse ces dernières d'avoir été en relation constante à l'époque des faits (il cite plus de 600 SMS échangés) pour lui tendre le «traquenard» dans lequel il serait tombé. Il les accuse d'avoir constamment échangé avec l’une de ses adversaires les plus connues, la journaliste française Caroline Fourest, auteure de l'accablant Frère Tariq (Grasset) dès 2004 et avec la figure de l'extrême droite française Alain Soral.

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Des excuses à Dieu

L'autre versant de cette riposte concerne son public musulman. «Tout ce que j’ai pu faire avec une femme l’a été dans le consentement […] J’ai été en contradiction avec mes principes. J’ai fait mon examen de conscience. Je présente mes excuses à ceux que j’ai déçus. J’ai des excuses à faire à ma famille, à Dieu, à la communauté musulmane […] J’ai été ainsi traité parce que je suis une voix qui compte…» a complété l'islamologue, réitérant son respect des lois républicaines face aux règles de l’islam.

«Quand je suis en France, la charia [la loi islamique] est pour moi la justice. La loi française est ma charia.» Cela, avant d'asséner un argument massue présent dans son livre: sa conviction que son accusation est à connotation raciste, comme le fut jadis l'affaire Dreyfus qui divisa la France entre 1894 et 1906. «Quand la France de 1897 était contre Dreyfus, elle avait tort», a-t-il justifié à la télévision. Propos complété dans son Devoir de vérité: «Nul ne peut ignorer le racisme anti-musulman qui s'est installé dans le pays, nourri par des politiques et des journalistes.»

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