interrogatoire

Tariq Ramadan a reconnu des relations extraconjugales

L’islamologue a été soumis, mardi, à un long interrogatoire par les trois juges d’instruction chargés de son dossier. Il échappe à une nouvelle mise en examen mais a reconnu des relations sexuelles

Emmanuel Marsigny sait que le sort de son client en dépend. Entre l’avocat de Tariq Ramadan et les trois femmes qui accusent le prédicateur musulman suisse de les avoir violées, la bataille est aussi judiciaire que médiatique.

Mardi, tout au long de l’interrogatoire mené par les trois juges d’instruction qui ont prononcé, le 2 février, sa mise en examen et ordonné son incarcération, une question lancinante était en arrière-plan: comment s’en tenir aux stricts faits alors que ces femmes multiplient, chacune, les interventions médiatiques, voire modifient leurs témoignages? Résultat: «Les magistrats ont considéré, à la suite des explications de Tariq Ramadan et des documents qui ont pu être fournis, qu’il n’y avait pas lieu de le mettre en examen concernant Mounia», la troisième femme qui l’accusait de neuf viols en 2013 et 2014, a déclaré tard dans la soirée Me Emmanuel Marsigny. L’islamologue reste néanmoins incarcéré.

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«Jeux sexuels et relations librement consenties»

Me Marsigny était, de 9 heures du matin à la fin de l’après-midi dans le bureau des magistrats, aux côtés de l’islamologue, ramené ensuite à l’hôpital pénitentiaire de la prison de Fresnes, où il est soigné pour sa sclérose en plaques. Il a donc eu tout le loisir d’entendre son client changer de stratégie de défense et admettre «avoir eu des jeux sexuels et des relations sexuelles également, toujours librement consenties». Mis en examen pour deux viols et écroué début février, Tariq Ramadan avait jusque-là nié les relations adultères, et son épouse Iman lui a toujours apporté son soutien. Il était interrogé pour la première fois sur les accusations de Mounia, la dernière des trois plaignantes françaises (la quatrième plainte ayant été déposée en Suisse).

A propos de celle-ci, les magistrats ont entériné le doute en ne prononçant pas une troisième mise en examen. Ex-call-girl de la région lilloise impliquée dans le réseau du Carlton qui avait conduit Dominique Strauss-Kahn en procès pour proxénétisme aggravé (l’ancien patron du FMI fut finalement relaxé le 12 juin 2015, ainsi que 13 autres prévenus sur 14), cette femme dit avoir été violée et violentée à Paris, Bruxelles et Londres.

Elle a fourni à la justice une robe prétendument tachée de sperme, sur laquelle les juges ont immédiatement procédé à des tests ADN. Or la défense de Tariq Ramadan a exhumé de son côté plus de 300 vidéos et 1000 photos attribuées à Mounia, et souvent ponctuées… de messages d’amour et d’affection.

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Henda Ayari au centre de la controverse

Pour les juges, cette nouvelle passe d’armes n’a sans doute pas été simple. Leur interrogatoire est intervenu en effet alors que la polémique a enflé avec la sortie cette semaine, aux Editions de l’Observatoire, de Plus jamais voilée, plus jamais violée, un récit écrit à la première personne par Henda Ayari, ancienne militante salafiste, désormais présidente de l’association Libératrices qui vient en aide aux femmes victimes de mariage forcé ou contraintes de porter le voile par leur famille ou leur conjoint.

Au Figaro, cette première femme à avoir déposé plainte contre l’islamologue – pour une agression sexuelle avec violences commise en marge d’un congrès de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) en 2012 – a affirmé mardi qu’«un puissant réseau s’emploie à faire de Tariq Ramadan un martyr». Ceci, alors que la controverse reste vive autour des témoignages recueillis dans le cadre de l’enquête. «Dans quelle autre affaire judiciaire voit-on l’une des accusatrices, Henda Ayari, publier un livre de mémoires avant même d’avoir été confrontée à son supposé violeur? Dans quelle autre affaire une femme prétendument violée reconnaît s’être trompée sur l’hôtel où les faits auraient été commis?» s’énerve un ancien collaborateur des Editions Tawhid, qui ont publié plusieurs des ouvrages de Tariq Ramadan en France. Un enseignant de l’Ecole nationale de la magistrature a même avoué son étonnement au Temps: «Les noms des juges ne sont pas communiqués à la presse par le parquet. Tout est fait pour qu’ils n’apparaissent pas. Tariq Ramadan fait peur, c’est évident.»

Témoignage modifié

La seconde raison de la colère de Me Marsigny et des soutiens de Tariq Ramadan est la mémoire aléatoire d’Henda Ayari. La radio France Info a révélé ces derniers jours que cette femme de 41 ans avait modifié son témoignage initial, affirmant finalement avoir été violée le 26 mai 2012 à l’hôtel parisien Crowne Plaza, place de la République, et non en mars-avril, dans un établissement situé près de la gare de l’Est, tel que consigné dans sa déposition initiale. Certes, les deux quartiers sont proches et la victime, originaire de Rouen, n’était pas familière de la capitale française à l’époque des faits.

Elle affirme aussi disposer de nouveaux éléments pour appuyer son témoignage. Ceux-ci seront au centre de ses prochains échanges devant les juges avec Tariq Ramadan, auquel la chambre d’instruction de la Cour d’appel de Paris a de nouveau refusé, le 21 mai, une remise en liberté. Point important: la surveillance vidéo du Crowne Plaza, hôtel équipé de caméras, a aussitôt fait l’objet d’investigations poussées par la police.

Après l’interrogatoire de mardi, les trois magistrats instructeurs se retrouvent plus que jamais dans l’obligation de démontrer que leur extrême sévérité envers Tariq Ramadan – détenu depuis quatre mois – repose bien sur des «indices graves ou concordants». Comme le prévoit la loi. Et comme l’exige la justice.

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