Vatican

Task force de choc pour la Curie romaine

C’est par un bref communiqué de presse publié le samedi 13 avril que le Vatican annoncé l’intention du pape François de confier à un comité de «sages» le soin de le conseiller dans la réforme de la Curie romaine. Une petite révolution au goût de mise sous tutelle pour certains

Le groupe est constitué de huit cardinaux, provenant des cinq continents, soit Giuseppe Bertello (président italien du gouvernorat du Vatican, seul membre de la Curie), Francisco Javier Errázuriz Ossa (archevêque émérite de Santiago du Chili), Oswald Gracias (archêque de Bombay), Reinhard Marx (archevêque de Munich et Freising), Laurent Monsengwo Pasinya (archevêque de Kinshasa), Sean Patrick O’Malley (archevêque de Boston) George Pell (archevêque de Sydney). Et enfin Andrés Rodríguez Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa au Honduras, qui en sera le coordinateur et qui est connu pour être un partisan des réformes sociales.

Comme l’a souligné le père Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, ce groupe n’est pas à proprement parler une commission. Il aura pouvoir consultatif et non décisionnel. Bref, il sera là pour conseiller. Et c’est à la Curie romaine qu’il incombera d’aider effectivement le pape «dans le gouvernement de tous les jours, via ses compétences et ses ministères». Et à ceux qui songerait une seconde que la Curie romaine puisse ainsi voir piétiner ses prérogatives, le père Lombardi avertit: «La Curie ne sera pas mise au second plan, ni ses compétences réduites. Elle reste dans ses fonctions et ses compétences».

Les vaticanistes indépendants voient les choses un peu différemment.

Alessandro Speciale, un des spécialistes des affaires vaticanes pour la «Stampa», note: «[...] trente jours après la fin du conclave, le pape François a voulu envoyer un signal aux cardinaux qui l’ont élu dans la chapelle sixtine: la question de la réorganisation du gouvernement central de l’Eglise n’est pas du tout mis de côté; le choix de la collégialité n’est pas seulement des mots. Et ce n’est pas un hasard si le communiqué du Vatican souligne que le souverain pontife a décidé de la création de ce groupe reprenant une suggestion émise aux cours des congrégations générales, ces réunions plénières des cardinaux qui ont précédé le conclave».

Cette collégialité est pour les observateurs, un changement de paradigme comparé aux temps de Benoît XVI, qui consultait peu.

Concrètement, les huit cardinaux plancheront sur un projet de révision de la Constitution de la Curie, connue sous le nom de constituion apostolique «Pastor Bonus», et promulguée par Jean-Paul II en 1988. Les spécialistes s’accordent à penser que Benoît XVI, le prédécesseur de François, n’était, précisément, pas parvenu à réformer cette Curie.

Autre vaticaniste de la «Stampa», Andrea Tornielli, note que ce «conseil de la couronne», comme il l’appelle, ne compte qu’une seul cardinal rattaché à la Curie romaine, le président italien du gouvernorat du Vatican, Giuseppe Bertello (on chuchotte d’ailleurs qu’il serait bien placé pour remplacer le cardinal Tarcisio Bertone, 78 ans, le ministre des affaires étrangères vaticanes). Ses sept autres collègues provenant des églises «locales» de par le monde. Une manière, selon le spécialiste, de faire ainsi participer à la réforme l’Eglise toute entière.

Enfin, Giacomo Galeazzi, le troisième vaticaniste de la Stampa, ne voit, dans la décision du souverain pontife, ni plus ni moins qu’une mise sous tutelle de la Curie romaine: « Au nom de la collégialité, [François] redimensionne le poids du parti romain: la Curie et la conférence épiscopale italienne descendent;les épiscopats des pays extra-européens montent et mettent Rome sous tutelle».

L’annonce de la création de cette task force survient un mois après l’élection du nouveau pape. Jean-Louis de la Vaissière, le correspondant au Saint-Siège de l’AFP observe en ce sens que «selon un évêque parlant sous le couvert de l’anonymat, le style et les orientations de François suscitent des irritations, des inquiétudes et des doutes au Vatican». Le contraire aurait surpris eu égard à la petite révolution qui semble s’annoncer.

Le groupe se réunira collectivement pour une première fois le 1er octobre 2013, jour où l’on fêtera Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face, docteur de l’Eglise (dans toute la simplicité de sa voie d’humilité et d’adoration), patronne universelle des Missions, comme l’est aussi son pendant masculin, Saint François-Xavier, jésuite. Hasard de l’année liturgique.

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