Après dix-huit mois de détention, le monde redécouvre le visage poupin de Bradley Manning, les yeux cachés par d’épaisses lunettes noires. Le soldat américain, qui comparaissait vendredi pour une audience préliminaire devant la justice militaire à Fort Meade, dans le Maryland, est suspecté d’avoir divulgué, entre novembre 2009 et mai 2010, des milliers de documents militaires confidentiels sur la guerre en Irak et en Afghanistan, ainsi que 260 000 câbles diplomatiques du Département d’Etat à l’organisation WikiLeaks.

Dès l’ouverture des débats, l’avocat principal de Bradley Manning a exigé que l’officier chargé de l’enquête, un procureur militaire de carrière, se récuse, invoquant la «partialité de l’accusation» dans l’affaire. Vêtu d’un uniforme vert de camouflage, Bradley Manning, 24 ans ce samedi, a quant à lui déclaré au procureur militaire, le lieutenant-colonel Paul Almanza, comprendre les charges pesant contre lui. Le jeune soldat est poursuivi pour 34 chefs d’accusation, notamment «collusion avec l’ennemi», «diffusion de renseignements militaires», «fraude et violation du règlement militaire».

Des témoins refusés

L’audience, qui devrait durer cinq jours, vise, entre autres, «à fournir à la défense la possibilité d’obtenir» de nouveaux éléments avant le procès qui se tiendra d’ici au printemps 2012, indique l’avocat David Coombs. Avant l’audience, il avait soumis une liste d’une cinquantaine de témoins, aussitôt refusée par le gouvernement américain. Parmi eux: la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, l’ancien chef du Pentagone Robert Gates et Barack Obama.

Incarcéré en juillet 2010 au centre de détention militaire de Quantico, en Virginie, Bradley Manning a été transféré mercredi dernier à Fort Levenworth (Kansas). Cette audience préliminaire doit déterminer s’il sera jugé devant une cour martiale. Dans ce cas, il risquerait la prison à vie.

Au fil des débats qui se poursuivront ce week-end, les avocats du soldat devraient tenter de minimiser l’impact de la divulgation des documents militaires secrets sur la sécurité nationale américaine. La défense pourrait surtout évoquer les conditions de détention du jeune homme. En prétendant avoir été torturé, il a soulevé la polémique dans l’opinion publique.

Bradley Manning est l’unique personne inquiétée aux Etats-Unis dans le cadre de l’enquête sur les fuites orchestrées par WikiLeaks. En Irak, cet ancien analyste de renseignements avait accès au système de réseau internet SIPRNet (Secret Internet Protocol Router Network), conçu après le 11-Septembre et permettant aux employés des départements d’Etat et de la Défense de communiquer des informations potentiellement sensibles.

On le soupçonne d’avoir passé de longues heures devant son ordinateur à faire semblant d’écouter un album de Lady Gaga tandis qu’il téléchargeait les documents militaires. Peu après son incarcération, le magazine américain Wired avait divulgué les détails d’une conversation en ligne entre le pirate informatique Adrian Lamo et le jeune soldat. Bradley Manning affirmait alors qu’«une personne» qu’il «connaissait très bien» avait «transmis» des données secrètes à «un Australien aux cheveux blonds». Julian Assange.