L'arrivée, samedi, sur l'aéroport d'Abéché, de trois hélicoptères armés tchadiens a confirmé que, depuis la tentative avortée de renversement du président soudanais Omar al-Bachir, les 9 et 10 mai, les forces armées du président Idriss Déby ont été placées en alerte maximum, à toutes fins utiles. Ces trois appareils (2 Mi-35 et 1 Mi-17 d'origine russe) représentent la moitié du parc d'hélicoptères de N'Djamena, et constituent la riposte la plus efficace face à l'opposition armée tchadienne.

«Sur le qui-vive»

Ce sont eux qui ont permis d'écraser les rebelles lors de leur dernière tentative, début avril, dans la région d'Adré, localité tchadienne proche de la frontière soudanaise, située à quelque 900 km à l'est de N'Djamena. Le Tchad, indiquent des sources militaires européennes, a massé près de la moitié de ses forces armées, soit 9000 hommes, sur sa frontière est, en prévision d'une nouvelle attaque des rebelles, voire, si les choses dégénéraient, d'une offensive soudanaise.

La veille de la reprise des hostilités au Soudan, le ministre tchadien des Affaires étrangères, Mahamat Moussa Faki, nous faisait part d'une certaine inquiétude: «Le Soudan n'a pas cessé d'armer l'opposition tchadienne. Nous sommes sur le qui-vive.» De son côté, le général soudanais Mohamed al-Agbash n'a pas hésité à accuser N'Djamena d'être mêlé à l'offensive du Mouvement justice et égalité (JEM), qui est parvenu pour la première fois aux portes de Khartoum, lors de son raid vendredi dernier. Le président Déby pourrait donc être fondé à craindre une riposte.

Un tel scénario, peu probable, serait de mauvais augure pour le Tchad, vu la forte disproportion des forces en faveur du Soudan, qui dispose notamment de forces aériennes modernes. Le président Bachir pourrait cependant être tenté d'inciter la rébellion armée tchadienne, représentée notamment par l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), à lancer une nouvelle offensive sur N'Djamena, puisque le Soudan et le Tchad s'opposent depuis longtemps par rébellions interposées.

Cette hypothèse est cependant jugée très incertaine par les responsables de l'Eufor, la force européenne qui poursuit son déploiement au Tchad depuis la mi-mars afin de protéger les réfugiés soudanais du Darfour et les populations tchadiennes déplacées. La principale raison de ce scepticisme est l'arrivée, en juin, de la saison des pluies, qui va couper les principales pistes du territoire.

Ligne de défense

«Depuis le début de l'année, explique un haut responsable militaire européen, l'armée tchadienne a mis en place un dispositif, à proximité de la frontière, qui interdit a priori la moindre attaque. Dans ce pays où il faut disposer d'un espace de manœuvre, cela signifie que la rébellion ne peut pas prendre son élan pour se lancer sur N'Djamena. «L'élément principal de ce dispositif, qui comprend entre 3000 et 4000 hommes, a été positionné sur Adé et ses environs, alors que deux autres contingents, d'environ 3000 hommes chacun, ont été massés autour d'Adré et de Guéréda. Cette ligne de défense est située en face des régions soudanaises où la rébellion tchadienne a l'habitude de se replier après avoir mené des tentatives sur N'Djamena. Les forces gouvernementales comptent, d'autre part, sur des ralliements de l'opposition armée. Le 8 mai, une cérémonie a été organisée à Abéché pour fêter le ralliement de 250 rebelles de l'UFDD.

Les militaires européens reconnaissent qu'il ne faut pas tirer de ces défections des conclusions hâtives, dans la mesure où des soldats de l'Armée nationale tchadienne (ANT) rejoignent également la rébellion. «Il suffit d'un peu d'argent pour que les allégeances changent de camp», rappelle un responsable militaire.

Dans tous les cas de figure, l'Eufor (2500 soldats sont arrivés au Tchad sur les 3700 que devrait compter la force) ne s'interposera pas en cas d'affrontements intertchadiens ou tchado-soudanais. Le général Jean-Philippe Ganascia, qui commande, au Tchad, l'ensemble de l'opération européenne, est formel: «L'opposition armée tchadienne ne représente pas une menace militaire pour l'Eufor. Si une colonne ennemie lance une offensive, nous prendrons les dispositions militaires pour réagir: pas pour les arrêter, mais pour protéger les civils, les réfugiés et les déplacés, ainsi que les humanitaires.»