«Si vous avez l'impression que vous ne comprenez rien à ces élections, pas de panique: vous êtes loin d'être le seul.» Le ton de l'hebdomadaire Respekt résume bien l'atmosphère qui règne en République tchèque après un week-end électoral mouvementé.

Le Parti démocratique civique (ODS) dirigé par Mirek Topolanek est sorti vainqueur de ces élections législatives avec plus de 35,38% des voix. Mais, après neuf années passées dans l'opposition, son avance sur le Parti social-démocrate (CSSD, 32,32%) du premier ministre sortant, Jiri Paroubek, et le score de ses potentiels partenaires ne sont pas assez importants pour lui assurer une majorité stable à la Chambre des députés.

Poussée verte

Lundi matin, le président de la République, Vaclav Klaus, a quand même chargé Mirek Topolanek de mener des négociations en vue de former un gouvernement avec les chrétiens-démocrates du KDU-CSL (7,22%), connus pour être de toutes les coalitions si on leur en donne la chance, et les Verts (SZ), grande révélation de ce scrutin.

Les Verts, en récoltant 6,29% des suffrages, font une entrée historique au parlement. Cette formation écologiste et proeuropéenne hétéroclite est désormais l'une des inconnues des multiples équations politiques envisageables. Son chef, Martin Bursik, lui-même issu du centre droit, serait plutôt favorable à une collaboration avec l'ODS. Mais une partie des Verts ne cache pas leur penchant pour la gauche et refuse de soutenir un gouvernement mené par la droite libérale. Le congrès des Verts, prévu samedi prochain, s'annonce mouvementé.

«Cent députés de chaque côté»: les quotidiens tchèques de lundi résumaient ainsi, de manière un peu simpliste, la nouvelle composition du parlement tchèque. Cent députés côté gauche, où sont regroupés les 74 sociaux-démocrates du CSSD et les 26 communistes non réformés du KSCM (en recul à 12,81%), avec lesquels personne ne peut se permettre de gouverner officiellement. Cent députés côté droite, où sont mis dans le même sac les 81 députés de l'ODS, idéologiquement proches des conservateurs britanniques, les 13 chrétiens démocrates jusqu'ici alliés des sociaux-démocrates, et les 6 nouveaux députés écologistes.

A moins que des députés sociaux-démocrates trahissent leur parti pour rejoindre les rangs de l'ODS - ce qui s'est déjà produit il y a quelques années -, les chances pour un gouvernement «de droite» d'obtenir la confiance de la majorité (101 voix minimum) sont donc quasi nulles.

Le président Klaus en arbitre

Bon nombre d'analystes et de politologues ne voient d'issue possible que dans la formation d'une grande coalition «à l'allemande», au sein de laquelle seraient réunis ODS et CSSD. Une coalition d'où serait évincé le chef du gouvernement sortant Jiri Paroubek, fustigé de toutes parts pour avoir «pété les plombs» le soir des résultats, en refusant d'abord de reconnaître sa défaite et en comparant les méthodes de son adversaire pendant la campagne au putsch communiste de 1948.

Surmené et poussé à bout au terme d'une rude campagne à la fin de laquelle il a même été accusé de collision avec la mafia et de pédophilie, Jiri Paroubek s'est déconsidéré aux yeux de beaucoup de ses concitoyens. Même s'il a mis depuis un peu d'eau dans son vin, son attitude semble compromettre les chances d'une alliance entre les deux principaux partis du pays tant qu'il restera à la tête du CSSD, d'autant que le chef de l'Etat, fondateur et toujours président d'honneur de l'ODS, ne va pas manquer l'occasion de se débarrasser enfin d'un adversaire de taille.

Lundi soir, Jiri Paroubek posait un ultimatum: son parti ne soutiendra aucun gouvernement qui ne sera pas un «cabinet d'experts» indépendants de toute formation politique, du même type que celui nommé par Vaclav Havel en 1997 pour résoudre une précédente crise politique. Pour le politologue Zdenek Zboril, cette stratégie est claire: «Un tel gouvernement d'experts étant toujours temporaire, cela signifie que le CSSD table sur des élections anticipées.» Bref, cette nouvelle crise gouvernementale semble loin d'être terminée...