«Notre mouvement veut amener un changement au Canada. Faire revenir les gens à des valeurs de base telles que la liberté individuelle, la démocratie et des baisses d’impôts», confie le fondateur du Tea Party Movement of Canada, Andrew Lawton. Cet activiste conservateur de l’Ontario assure que son mouvement, récemment créé, se concentrera sur la réduction des dépenses gouvernementales.

Il ne prendra pas position sur des enjeux sociaux, tels que l’avortement ou le mariage homosexuel. «Les objectifs diffèrent des Etats-Unis, mais l’idéologie reste la même. Il y a un point que nous voulons cependant, c’est la liberté de parole. Elle est garantie aux Etats-Unis, mais pas au Canada», précise celui qui est aussi l’auteur d’un blog au nom évocateur, Strictly Right (Strictement à droite). D’autres Tea Parties ont vu le jour à Calgary ou à Ottawa, mais celui d’Andrew Lawton est de loin le plus organisé.

«Moins d’Etat»

Portés par des militants conservateurs passionnés, ces groupes politiques se développent très vite, via Facebook. Proche de cette mouvance, le Réseau Liberté-Québec (RLQ), créé début septembre, suscite déjà l’engouement dans la Belle Province. «Mouvement citoyen, nous mettons en avant les valeurs de liberté», confie l’une de ses fondatrices et porte-parole, Joanne Marcotte. Cette ancienne conseillère de Mario Dumont, l’ex-chef de l’Action démocratique du Québec, parti populiste de droite aujourd’hui en disgrâce au Québec, assure comme Andrew Lawton que le RLQ ne se prononcera pas sur des sujets comme l’avortement ou la peine de mort. «Nous voulons moins d’Etat. Assez, c’est assez. Les syndicats sont omniprésents. Il faut moins de bureaucratie, introduire la concurrence dans les services publics. Le Québec est une société sociale-démocrate très étatisée. Il faut «débureaucratiser» nos structures.»

Encore embryonnaire, le mouvement de cette informaticienne est constitué de gens de tous bords, la plupart âgés de moins de 45 ans. Pierre Martin, professeur à l’Université de Montréal, souligne: «Il faut distinguer le RLQ des Tea Parties et de la droite conservatrice canadienne anglaise. Le RLQ est un rassemblement d’électeurs déçus du Parti libéral (Parti de droite classique au pouvoir aujourd’hui au Québec). Ce sont des gens qui n’ont pas de voix pour se faire entendre dans les partis.» Joanne Marcotte se démarque des Tea Parties américains: «Nous ne sommes pas une droite morale. Nous ne voulons pas être un parti politique, seulement un mouvement qui influencera les autres partis.»

Si ces nouveaux groupes de droite n’en sont qu’à leurs balbutiements, leur influence sur la vie politique du pays est déjà considérable. Le populiste Rob Ford, élu maire de Toronto en octobre, a surfé sur les idées du Tea Party. Il doit sa victoire à une campagne virulente contre les dépenses municipales et il a promis de «mettre un frein à l’argent jeté par les fenêtres». L’électorat est de plus en plus sensible à ce genre d’arguments. Un sondage de l’institut Harris-Decima a révélé en septembre que 19% des Canadiens voteraient pour un Tea Party, si celui-ci existait formellement. L’électeur type serait un homme âgé de 45 ans à 54 ans, gagnant de 60 000 à 80 000 dollars par an, soit plus que la moyenne nationale.

Si le Tea Party est formellement nouveau au Canada, sa culture ne l’est pas. Dans les années 1990, le Reform Party de Preston Manning, porte-étendard du toujours moins d’Etat, a été l’ancêtre du mouvement américain. De fusions en dissolutions, les cadres du Reform ont rallié le Parti conservateur (PC).

Garder le dialogue

Ce dernier a multiplié les dépenses somptuaires, comme lors du dernier G20 à Toronto, ce qui a choqué les Canadiens. Pierre Martin ne voit toutefois guère de danger pour le premier ministre Stephen Harper: «Le PC est déjà très à droite. Il n’y a pas beaucoup d’espace de libre plus à droite.» Ce spécialiste de la politique américaine ajoute que les structures d’investiture au sein du PC laissent peu de place à un noyautage par des candidats du Tea Party. L’électorat canadien demeure toutefois toujours très volatil. «Le cas américain montre qu’il ne faut pas sous-estimer ces mouvements, met en garde le politologue. Harper doit garder le dialogue avec eux.»