Bachmann. C’est vrai que ce patronyme-là ne sonne pas très américain. On l’a appris mercredi seulement, mais la députée américaine Michele Bachmann, ex-candidate à l’investiture républicaine 2012 pour la Maison-Blanche, est désormais aussi Thurgovienne. Oui Monsieur. Considérée comme un des piliers du Tea Party et de l’ultra-droite chrétienne aux Etats-Unis, elle a obtenu la nationalité suisse le 19 mars dernier.

Mais comment diable cela est-il possible? Ecoutons-la donner elle-même l’explication dans une vidéo diffusée par RTS Info. Dialogue avec le journaliste de Schweizer Fensehen, Arthur Honegger:

– Qu’y a-t-il de particulièrement suisse chez vous?

Michele Bachmann [hilare]: Mon mari est 100% Suisse et ses parents ont grandi en Suisse. Ils sont venus aux Etats-Unis où ils ont acheté une ferme dans le Wisconsin et y ont élevé trois fils.

Vous pourriez techniquement vous présenter à des élections en Suisse. Envisagez-vous cela? [Son «staff», comme on dit là-bas, hurle de rire derrière elle. Elle se retourne vers eux, encore plus hilare.]

– Comme vous pouvez le voir, il y a beaucoup de compétition derrière moi, contre qui je devrais me présenter, et cela serait très dur parce qu’ils sont très bons. [Avez-vous compris le sens de cette réponse? Moi pas.]

– Il semble que vous vous soyez souvent rendue en Suisse. Quel est votre endroit préféré?

[«Oh… My goodness!» dit-elle avant de répondre, comme si la question était hypradifficile.] Je dois dire que j’adore aller au lac de Brienz, au lac de Thoune, c’est magnifique. Mais aussi le lieu d’origine de mon mari. Il vient de Märstetten et Wil, et c’est une belle région où j’aime également être. Il est difficile de trouver un endroit qui ne me plaise pas en Suisse. [Ouf, on est rassuré, elle avait simplement l’embarras du choix.] Notre fils y était il y a quelques mois et cela lui a plu. Il se trouvait dans la partie francophone, près d’Aigle [prononcé «Agglah»]. On profite toujours chaque fois et notre famille aime beaucoup y aller, car tout le monde ramène de grands sacs pleins de chocolat et tout le monde est heureux.

– Merci et encore toutes nos félicitations!

N’est-ce pas touchant de voir cette femme si épanouie, qui pouvait donc demander la double nationalité par alliance – elle s’est mariée avec Marcus en 1978. L’information a d’abord été révélée par la télévision publique alémanique SRF et été ensuite reprise outre-Atlantique, notamment par le site Politico.com, qui raconte cette histoire comme si c’était un rêve enfin réalisé. Notons cependant au passage, comme le font Le Matin et Le Monde, que «cette information n’est pas la première occurrence de la Suisse dans l’actualité politique américaine»… Oui, «l’équipe de campagne de Barack Obama a récemment attaqué le probable candidat républicain à la présidentielle Mitt Romney sur son ancien compte bancaire en Suisse, estimant que cela témoignait de son mépris vis-à-vis des intérêts économiques des Américains».

C’est une «nouvelle surprenante», écrit pour sa part le Washington Post, que Michele Bachmann acquière la nationalité d’un pays qui a mis tant de temps à accorder les droits civiques aux femmes, comme cela a été évoqué mercredi lors d’un forum helvético-américain tenu sur la colline du Capitole à propos du rôle des femmes en politique et où était notamment présente la conseillère nationale Christa Markwalder. Par ailleurs, un blog du même quotidien, ravageur, se demande si la nouvelle citoyenne du pays de Tell sait quelque chose à propos du «mariage homosexuel» en Suisse…, ce pays «socialist and gay-friendly»…

Mais toute cette histoire serait vraiment sans intérêt si elle ne prêtait pas le flanc aux pires outrances. Il faut lire à ce propos un blog du Huffington Post, qui fusille littéralement la nouvelle Suissesse et attaque le principe même de la double nationalité pour les Américains. Il est vrai que pour certains d’entre eux, si l’on pouvait se débarrasser de cette politicienne encombrante en la forçant à renoncer à son passeport yankee… Quant au Daily Mail britannique, il se demande, lui, si cela va la rendre «plus neutre». Et le Daily Beast de Newsweek si elle sait que la Suisse a un système de couverture santé que «le monde entier lui envie», ironisant sur cette «tyrannical Switzerland» qui oblige ses citoyens à s’assurer, restreignant ainsi leurs libertés individuelles fondamentales.