Le cinquième débat républicain organisé par CNN à Las Vegas n’a pas apporté de changements majeurs dans la course à l’investiture pour la présidentielle 2016. Pas de vrais vainqueurs, ni de vrais perdants. Mais l’événement s’est déroulé dans un climat d’insécurité et de rhétorique enflammée sur la sécurité, les réfugiés syriens et les musulmans.

Le spectre des attentats

Le 2 décembre, un couple de musulmans, un Américain et une Pakistanaise qui se sont radicalisés, ont tué 14 personnes dans un centre social de San Bernardino en Californie. A la suite de cette tragédie, le candidat menant dans les sondages nationaux, Donald Trump, a déclaré vouloir interdire l’entrée aux Etats-Unis de tout musulman, provoquant une tempête politique. Ce faisant, le milliardaire new-yorkais a peut-être outré certains, mais il a aussi poussé d’autres candidats républicains à durcir à leur tour le ton en matière d’accueil de réfugiés syriens et irakiens.

Débats musclés

A Las Vegas, les joutes républicaines ont toutefois été le théâtre d’échanges musclés entre deux candidats qui sont en embuscade derrière Donald Trump: Ted Cruz et Marco Rubio. Motif: avec l’effondrement du candidat ultra-conservateur Ben Carson, les sénateurs du Texas et de Floride estiment avoir une carte à jouer.

Le premier, aligné sur le Tea Party, est en train d’effectuer une remontée spectaculaire dans les sondages. En Iowa, qui sera l’un des premiers Etats à tenir des primaires en février prochain, Ted Cruz a dépassé Donald Trump. Or si on pouvait s’attendre à voir les deux candidats s’attaquer, il n’en a rien été. Pour l’heure, le magnat de l’immobilier de New York n’est pas encore suffisamment menacé par son actuel dauphin pour sentir le besoin de passer à l’offensive. Le Texan cherche par tous les moyens à ne pas s’aliéner l’électorat de Donald Trump dans l’espoir que celui-ci s’effondre à l’avenir.

Politique étrangère et immigration

A moins de deux mois du début des primaires, les thèmes dominants ont été la sécurité intérieure, la politique étrangère et l’immigration. Ted Cruz, qui promet de lancer un «tapis de bombes» sur les zones occupées par les djihadistes de l’État islamique, a toutefois eu quelques moments difficiles. Le sénateur Marco Rubio l’a ainsi mis à l’épreuve en soulignant qu’il avait voté au Sénat pour supprimer la collecte de métadonnées par l’Agence de sécurité nationale, un outil que Marco Rubio juge très utile pour traquer d’éventuels terroristes.

Habile débatteur, doté d’un sens de la répartie, Ted Cruz est considéré désormais comme l’un des candidats les plus sérieux capables de contester l’investiture à Donald Trump. Détesté par l’establishment, il s’adresse à un électorat qui recoupe en partie celui de Donald Trump. Diplômé d’Harvard, cet Américain né au Canada d’un père cubain et d’une mère américaine s’est d’emblée illustré à Washington.

Ted Cruz, un jeune loup à Washington

Après deux mois dans sa fonction de sénateur, il faisait déjà la leçon à l’une des doyennes du Sénat, la démocrate Dianne Feinstein. En 2013, il s’est fait l’auteur d’une flibuste (technique parlementaire permettant à un sénateur de bloquer tout vote) de près de vingt heures au Sénat pour tenter de priver de financer la mise en œuvre de la réforme de la santé dénommée aussi Obamacare. Sa stratégie a échoué et a coûté très cher au Grand Vieux Parti en termes d’image. Ce sont en effet les républicains qui ont été jugés responsables de la fermeture d’une partie de l’administration fédérale (government shutdown) dont le coût s’est chiffré à plusieurs milliards de dollars et qui a provoqué de sérieux dégâts d’image.

Contrairement à Jeb Bush et dans une moindre mesure à Marco Rubio, Ted Cruz emboîte le pas de Donald Trump quand il est question d’immigration. Il serait prêt à construire lui aussi un mur qu’il ferait payer, a-t-il ironisé, à… Donald Trump et non au gouvernement mexicain comme ce dernier continue de le suggérer. Sans le dire, il serait prêt à expulser les clandestins illégaux qui vivent dans l’ombre de la démocratie américaine et dont le nombre se chiffre à quelque onze millions.

Un candidat dangereux pour Donald Trump

Comparé à Donald Trump, Ted Cruz est plus politique et c’est précisément cette qualité qui en fait un candidat dangereux pour le milliardaire new-yorkais. Malgré les outrages du premier, le Texan a toujours évité de s’aliéner l’actuel favori de ces pré-primaires. Il ne ménage en revanche pas l’actuel président Barack Obama ni l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton, favorite à l’investiture démocrate.