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Le nouveau directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. 
© Keystone/Valentin Flauraud

ONU

Tedros Adhanom, premier Africain à la tête de l’OMS

Le candidat éthiopien, soutenu par tout un continent, a largement remporté l’élection à la direction générale face au Britannique David Nabarro et à la Pakistanaise Sania Nishtar. Les défis qui l’attendent ne manquent pas

La campagne fut intense et de plus en plus acrimonieuse. Après un marathon de près de deux ans, l’Assemblée mondiale de la santé a tranché. Mardi à Genève, elle a élu au poste de directeur général de l’Organisation mondiale de la santé l’Ethiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, 52 ans. Aucun Africain n’avait jusqu’ici accédé à cette fonction. Il succède à la Chinoise Margaret Chan qui a dirigé l’OMS depuis 2006. Il était opposé au Britannique David Nabarro et à la Pakistanaise Sania Nishtar. Au troisième tour, il a glané 133 votes contre 50 pour son rival britannique. Il entrera en fonction le 1er juillet pour un mandat de cinq ans.

Un soutien massif de l'Union africaine

A la sortie de la salle des Assemblées, les représentants africains exultent. L’ambassadeur d’Ethiopie auprès des Nations unies Negash Kebret Botora se confie: «Je suis submergé de joie. C’est historique pour mon pays, pour l’Afrique et pour les pays du Sud.» Conseiller fédéral en charge de la Santé, Alain Berset était à Genève en début d’après-midi. Il livre sa réaction: «Comme Etat hôte, nous nous réjouissons de travailler étroitement avec le nouveau directeur général. Nous attendons de lui qu’il contribue au renforcement de l’OMS dans son rôle normatif, s’engage pour une efficacité optimale pour faire face aux urgences humanitaires et sanitaires qui touchent régulièrement la planète.» Le lauréat a eu ses mots envers ses deux rivaux: «Le monde a besoin de nous trois. J’espère pouvoir collaborer avec vous.»

Pour la première fois depuis la création de l’OMS en 1948, l'élection n’était pas réservée aux seuls 34 membres du Conseil exécutif de l’organisation, souvent dominé par les grandes puissances (Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Chine, Allemagne et Japon). Ce sont en effet les 185 Etats membres sur 194 autorisées à voter (cinq Etats membres ont été privés de vote en raison de contributions obligatoires non payées) qui ont choisi une nouvelle direction. Tedros Adhanom a bénéficié du soutien massif de l’Union africaine et de ses 54 Etats membres, mais aussi de la Chine, du Brésil voire de plusieurs pays européens. Si l’administration de Barack Obama était favorable à l’Ethiopien, celle de Donald Trump semblait clairement derrière le Britannique David Nabarro.

Rétablir la confiance

Cette élection intervient à un moment critique pour l’OMS. Souffrant d’un sous-financement chronique, les contributions obligatoires des Etats membres ne représentant que 19% de son budget, elle doit faire face à des défis considérables. Le premier consistera à rétablir la confiance érodée par la mauvaise gestion de la crise Ebola qui a fait plus de 11 000 morts en Afrique de l’Ouest à partir de 2014. Elle devra affirmer davantage son autorité dans un paysage de la santé qui comprend à l’échelle mondiale près de 175 organisations différentes, privées et publiques.

Dans son allocution avant le vote, le candidat éthiopien a rappelé qu’à l’âge de sept ans, il aurait pu être emporté par l’une de ces maladies qui, en Afrique, tuent les enfants dont son frère. «Si j’ai survécu, ce n’est que de la chance.» Aujourd’hui, à la tête de l’OMS, il promet d’oeuvrer à l’universalité de la couverture médicale dans le monde, au renforcement des systèmes nationaux de santé qui montrent des disparités considérables et bien sûr de mettre en œuvre les réformes déjà entreprises sous Margaret Chan pour améliorer sensiblement le degré de préparation de l’organisation en cas de nouvelle épidémie ou pandémie. Michel Jancloes a été conseiller personnel de Lee Jong-wook, le directeur de l’OMS décédé en plein mandat en 2006. Il a vécu six ans en Ethiopie où il a fait la connaissance du nouveau directeur de l’OMS Tedros Adhanom. Il le confie au Temps: «Dans un petit village du Tigré, au nord de l’Ethiopie, j’ai fait la connaissance de Tedros. Il cherchait à combattre la malaria, mais était aussi préoccupé par le développement de sa région. Quand on dit qu’il a pour principale préoccupation les gens, ce n’est pas un vain mot.»

Une large expérience de médiateur

A l’époque où il était ministre la santé, Tedros Adhanom a permis à son pays de baisser fortement la mortalité infantile, maternelle et liée au HIV et créé près de 40 000 postes de travailleurs de santé communautaire. Tedros Adhanom n’est pas un médecin, mais a une formation pointue en santé communautaire et un master en immunologie. Au cours de son mandat de ministre des affaires étrangères, il a acquis des compétences diplomatiques et a souvent été appelé comme médiateur dans le cadre de conflits en Afrique.

L’OMS a préféré un profil différent de celui de David Nabarro, qui connaît tous les rouages des Nations unies. Mais un candidat qui a une vaste expérience politique et à qui on attribue une grande capacité d’écoute. Il aura rapidement la mission de se doter d’une dizaine de postes d’assistants. De la qualité de l’équipe qu’il mettra en place dépendra l’efficacité de l’OMS. En la matière, les délégués présents à Genève ne cessent de mentionner l’exemple qui reste dans toutes les mémoires: Gro Harlem Brundtland, une directrice générale de l’OMS jugée exceptionnelle qui avait su s’entourer de gens très compétents, dont un certain… David Nabarro.

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