La fin de la diaspora afghane en Iran? A en croire les déclarations péremptoires de Téhéran, l'avenir de la communauté dans la République islamique est menacé. Le 21 avril dernier, les autorités iraniennes ont lancé un plan d'expulsion massif des migrants illégaux en provenance d'Afghanistan. Le but? Renvoyer chez eux dans un premier temps 500000 irréguliers, et à terme - d'ici à mars 2008 -, un million de clandestins. Dimanche, le Ministère de l'intérieur annonçait avoir déjà procédé à l'expulsion de 85000 Afghans en situation illégale.

Comme au Pakistan, le nombre de réfugiés afghans en Iran est important: entre 1,5 et 2 millions d'Afghans vivraient dans la République islamique. Mais tous ne sont pas titulaires de la carte «Amayesh», le document qui les autorise à vivre temporairement en Iran. Entre 500000 et un million seraient des immigrés clandestins.

Aide financière au retour

«Il y a actuellement 915000 Afghans officiellement enregistrés en Iran, et 2,153 millions au Pakistan, précise Vivian Tan, la déléguée du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) pour l'Asie du Sud-Ouest, jointe à Islamabad. En plus de ce nombre, beaucoup ne se sont pas fait connaître des autorités et sont considérés comme migrants illégaux. En Iran, ils ont été prévenus à maintes reprises par le gouvernement qu'ils devaient quitter le pays, sans quoi ils seraient arrêtés massivement. Ils sont reconduits à la frontière systématiquement depuis le 21 avril.»

Parallèlement à ces mesures d'expulsion, Téhéran a lancé une campagne de publicité pour encourager les réfugiés légaux à rentrer chez eux, grâce à une aide financière. Ce retour au pays est organisé selon un accord tripartite entre l'Iran, le gouvernement afghan et le HCR. «Tout retour doit être volontaire, graduel et mené dans des conditions de sécurité et de dignité», rappelle l'employée du HCR. L'organisation indique n'avoir jusqu'à aujourd'hui connaissance d'aucun cas d'expulsion forcée de réfugiés légaux.

La communauté afghane en Iran s'est constituée il y a des centaines d'années. Depuis l'invasion de l'Afghanistan par les Soviétiques, en 1979, et les années de conflit qui ont suivi, plus de 5 millions d'Afghans ont trouvé refuge dans les pays voisins. «Dans les années 1980, les raisons de l'immigration étaient idéologiques, explique Alessandro Monsutti, anthropologue à l'Institut universitaire d'études du développement (IUED) à Genève. Pour les Iraniens, les réfugiés afghans étaient des frères musulmans en lutte contre l'impérialisme soviétique. Alors que les jeunes Iraniens étaient pris par le conflit Iran-Irak, beaucoup d'Afghans contribuaient à faire tourner l'économie.»

Menaces récurrentes

Mais dans les années 1990, on assiste à un durcissement de la politique d'accueil. En conflit avec les talibans alors au pouvoir, la République islamique durcit le ton face aux Afghans sur place. Les menaces d'expulsion deviennent récurrentes. En 2002, l'Iran considère l'Afghanistan comme un pays en paix après la chute des fondamentalistes. Conséquence: les réfugiés doivent rentrer chez eux. Et le durcissement progressif des mesures à l'égard de la diaspora afghane est à son apogée avec Mahmoud Ahmadinejad. Le président iranien tient un discours populiste qui aggrave la situation.

Fin 2006, l'Iran avait déjà annoncé un plan d'expulsion massif de travailleurs illégaux en provenance d'Afghanistan. L'idée était de favoriser l'emploi des Iraniens, en prévoyant notamment de fortes amendes pour les employeurs qui n'exerceraient pas la préférence nationale. Mais «les problèmes économiques ne sont qu'un paravent populiste, commente un spécialiste de l'Iran. La quasi-totalité des clandestins sont des hommes sans leur famille, des travailleurs sans aucune protection sociale. Ils ne coûtent pas cher et travaillent vite, souvent pour les travaux difficiles. L'économie iranienne a un besoin vital des travailleurs afghans.» Téhéran veut en fait montrer qu'il reste maître des flux migratoires.

Le renvoi massif d'Afghans chez eux est aussi un moyen de déstabiliser un pays déjà affaibli. Et d'afficher aux yeux de la communauté internationale un certain pouvoir de nuisance, en pleine confrontation avec l'Occident. Car l'Afghanistan et son économie vacillante sont dans l'incapacité d'absorber un tel mouvement de population. Les zones rurales sont surpeuplées. Les Afghans qui retournent au pays s'amassent dans les villes, où ils ne trouvent ni débouchés ni aide de l'Etat.