Shirin Ebadi a démarché la quasi-totalité des membres du Conseil des droits de l’homme (CDH). Prix Nobel de la paix 2003, l’avocate iranienne arpentait mercredi le Palais des Nations à Genève pour tenter de convaincre l’institution onusienne d’adopter, d’ici à fin mars, une résolution instituant un mandat de rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme en Iran. Elle s’est aussi fendue d’une lettre à l’intention du CDH dénonçant la répression de l’opposition en Iran. Selon Shirin Ebadi, au sein de la République islamique, le «feu couve sous les cendres. Avec une légère brise, il peut devenir un grand feu.» L’Iranienne, qui vit en exil depuis 2009, espère toutefois que son pays ne connaîtra pas de changement sanglant tel qu’en Libye et appelle à une transition pacifique.

Majorité confortable

Face à la grave détérioration des droits de l’homme en Iran, face à la multiplication des exécutions depuis le début de l’année (plus de 60) et face à la dure répression des mouvements de protestation qui se sont fait jour en marge du printemps arabe, les membres du CDH tirent la sonnette d’alarme. La Suède est à l’origine du projet de résolution, mais a d’emblée obtenu le très fort soutien des Etats-Unis. Il y a dix jours, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, soulignait devant le CDH la nécessité de créer un tel mandat.

Au Conseil des droits de l’homme, qui a souvent rejeté ce genre de résolution spécifique à un pays, une majorité confortable semble toutefois se dessiner en faveur du document. Symbole de ce changement: le Brésil, encore hésitant, serait sur le point d’approuver la résolution, alors qu’on sait que sous la présidence de Lula, Brasilia avait joué les médiateurs avec la Turquie dans le dossier nucléaire iranien. Les Brésiliens ont même invité Shirin Ebadi à un déjeuner en son honneur.

Si des Etats comme Cuba, le Pakistan, la Chine et la Russie semblent s’opposer catégoriquement à la volonté de l’organe onusien de créer un mandat de rapporteur spécial pour l’Iran, le soutien au document est pourtant large et transrégional. Il est tel que plus de 20 membres du CDH se disent prêts à l’adopter, dont les Maldives, membre de l’Organisation de la conférence islamique, et la Zambie, membre du groupe africain. L’Arabie saoudite, de son côté, a promis de s’abstenir.

Bien que les négociations informelles ne soient pas achevées, les promoteurs de la résolution ont joué leur partition de façon subtile. Le document reste très procédural, se contentant de mentionner la création du mandat de rapporteur. Mais il fait aussi référence à une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en décembre 2010, qui brosse un tableau très sombre de la situation des droits de l’homme en Iran sans pour autant proposer de mécanismes pour évaluer en temps réel la situation sur place. Il était donc inutile d’en rajouter.