Affichant un air sombre, le président américain Barack Obama, son homologue français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique Gordon Brown ont confirmé la nouvelle répandue quelques heures plus tôt: le régime iranien dissimulait une seconde usine d’enrichissement d’uranium, hormis celle déjà connue de Natanz, «en claire violation des résolutions du Conseil de sécurité».

Tout a commencé lundi 21 septembre, avec le dépôt d’une lettre officielle des autorités iraniennes à l’attention de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont le siège se trouve à Vienne, et l’informant de l’existence d’une «nouvelle usine pilote d’enrichissement d’uranium en construction dans le pays». Le document ne faisait aucunement mention du lieu exact du site, ni de son ancienneté ou encore du nombre et du type de centrifugeuses érigées, mais promettait d’apporter des éclaircissements «prochainement».

L’AIEA inefficace?

Son contenu était suffisamment spectaculaire, cependant, pour faire monter la moutarde au nez des experts de l’AIEA, qui ratissent le territoire iranien depuis février 2003 à la recherche de telles infrastructures clandestines – en vain – et à qui les dirigeants iraniens ont si souvent servi un discours lénifiant, jurant «n’avoir rien à cacher» et promettant une «parfaite coopération».

C’est Barack Obama qui a levé un coin du voile, décrivant une usine déjà repérée par ses services secrets et située près de la ville chiite sacrée de Qom, à 160 km au sud de Téhéran, où 3000 centrifugeuses pourraient être opérationnelles dès l’année prochaine.

«[Nous attendons] de l’AIEA une enquête complète et rigoureuse», a expliqué Barack Obama, exigeant de Téhéran qu’il autorise immédiatement les inspecteurs nucléaires à se rendre à Qom et de l’agence de Vienne qu’elle rende compte sans tarder au Conseil de sécurité des Nations unies. L’Iran, piqué au vif, a rétorqué que ce second site d’enrichissement n’était «absolument pas secret» et qu’il «serait en règle avec l’AIEA». Selon Téhéran, sa construction doit «garantir» la poursuite de son programme nucléaire et ainsi répondre aux «menaces» de destruction du premier site. L’usine serait située dans un camp des Gardiens de la révolution (Pasdaran), ont indiqué vendredi à Paris des sources proches du dossier.

«Cela ne fait que prouver que sans protocole additionnel [au Traité de non-prolifération (TNP), qui prône des inspections «renforcées et inopinées» et fut appliqué par l’Iran de décembre 2003 à mars 2006], l’agence est inefficace, renchérit Pierre Goldschmidt, ancien directeur adjoint belge de l’AIEA jusqu’en 2005. La fabrication locale des composantes de centrifugeuses ne peut être vérifiée. On ne peut donc en mesurer la quantité ni en connaître la véritable destination.»

Habitués à chercher à l’aveugle une aiguille dans une meule de foin, l’AIEA et ses inspecteurs viennent d’hériter d’une nouvelle et complexe tâche. Leurs conclusions pourraient précipiter le vote au Conseil de sécurité de nouvelles sanctions «sévères» à l’encontre du régime iranien, si celui-ci n’a pas changé «radicalement» d’attitude «d’ici à la fin de l’année», expliquent les dirigeants occidentaux.