Peu avant la reprise des négociations indirectes du Caire entre Israël et les organisations palestiniennes, l’entourage du premier ministre Benyamin Netanyahou a confirmé l’«élimination» de Marwan Kawasmeh et Omar Abou Eisheh, deux Palestiniens d’Hébron soupçonnés d’avoir enlevé puis assassiné les jeunes auto-stoppeurs israéliens Gilad Shaer, Naftali Frenkel et Eyal Ifrakh le 12 juin dernier sur une route de Cisjordanie.

Encerclés par l’armée israélienne et par le Yamam, une unité spéciale de la police, dans une menuiserie d’Hébron où ils se cachaient depuis neuf semaines, les deux Palestiniens sont morts les armes à la main. Le premier a ouvert le feu sur les assaillants après qu’un bulldozer blindé eut défoncé la façade de l’immeuble. Le second est tombé dans le trou en tentant vainement de se défendre.

Des émeutes ont aussitôt éclaté dans plusieurs quartiers de ville du sud de la Cisjordanie et des universités palestiniennes ont proclamé un jour de deuil. Quant à la délégation palestinienne envoyée au Caire dans le cadre des négociations indirectes, elle a symboliquement interrompu les pourparlers durant quelques minutes lorsque la nouvelle de ce qui venait de se passer lui a été communiquée.

Numéro deux de la direction politique du Hamas, Moustafa Abou Marzouk a cependant confirmé que son organisation n’abandonnerait pas les pourparlers en cours «malgré cette nouvelle agression sioniste».

A contrario, en Israël, les commentateurs et la majorité de la classe politique se félicitent de la «liquidation de deux terroristes». Peu après leur mort, Benyamin Netanyahou a d’ailleurs téléphoné aux familles Shaer, Frenkel et Ifrakh pour leur annoncer qu’il «a tenu son engagement».

Liés à la branche cisjordanienne du Hamas, Marwan Kawasmeh et Omar Abou Eisheh avaient déjà été condamnés par la justice israélienne pour «activités terroristes». Comme Hossam Kawasmeh, l’oncle de Marwan qui passe pour l’instigateur de l’enlèvement et qui a été arrêté le 6 août à Jérusalem-Est (la partie arabe de la ville), alors qu’il se préparait à fuir en Jordanie avec de faux papiers.

Portable allumé

Selon les autorités judiciaires israéliennes qui le tiennent au secret, Hossam Kawasmeh aurait avoué avoir été payé par le Hamas de Gaza pour organiser l’enlèvement des trois auto-stoppeurs. Cependant, aucun élément probant relatif à ce dossier n’a encore été dévoilé. Il faudra donc attendre le procès pour savoir si cette information est confirmée.

En tout cas, le 12 juin dernier, la police israélienne et le Shabak (la sûreté générale) avaient rapidement identifié les deux ravisseurs grâce à l’un des auto-stoppeurs enlevés, qui avait laissé son téléphone portable allumé. L’appareil avait donc transmis en direct les conversations des deux Palestiniens, y compris le moment tragique où ils ont tué leurs victimes.

A l’époque, cette information cruciale n’avait évidemment pas été publiée à l’époque. Le gouvernement israélien préférait faire croire à son opinion qu’il ne disposait d’aucune piste. Ce qui a justifié le déclenchement de l’opération «Que nos frères reviennent» visant à démanteler l’infrastructure du Hamas de Cisjordanie. Une dizaine de Palestiniens ont alors été tués et plusieurs centaines d’autres arrêtés.

En marge de ces rafles, trois extrémistes juifs désireux de venger Gilad Shaer, Naftali Frenkel et Eyal Ifrakh ont enlevé Mohamad Abou Khdeir, un adolescent de Jérusalem-Est qu’ils ont ensuite brûlé vif dans l’une des nombreuses forêts entourant la ville. Certes, les coupables ont rapidement été arrêtés et, du président de l’Etat hébreu au plus modeste des députés, toutes les autorités israéliennes se sont empressées de condamner cet assassinat. Mais cette nouvelle affaire a provoqué de violentes émeutes dans les quartiers arabes de la ville sainte. Ainsi que la reprise par le Hamas de ses tirs de roquettes sur l’Etat hébreu. Celui-ci y a répondu en déclenchant l’opération «Bordure protectrice», une guerre de cinquante jours interrompue après la conclusion du cessez-le-feu du 26 août dernier.