Les téléphones de séparatistes catalans auraient été infiltrés et écoutés par l’Espagne. Parmi les victimes, l’ex-députée Anna Gabriel, réfugiée à Genève. Révélée lundi par le quotidien britannique The Guardian, l’affaire est liée à un logiciel malveillant vendu par le groupe israélien NSO seulement à des gouvernements pour tracer des «terroristes» et «des criminels», selon cette entreprise. «Nous avions des soupçons», a dit l’avocat d’Anna Gabriel, Olivier Peter. «Etant donné que les services de renseignement espagnols ne les nient pas, cela confirme selon nous» l’authenticité de ces écoutées présumées.

Lire aussi: Anna Gabriel, séparatiste sans frontières

Des chercheurs qui œuvrent avec le groupe de messagerie WhatsApp avaient informé il y a un an Anna Gabriel de cette intervention. «Je ne vois pas d’autre Etat intéressé» à écouter l’ancienne élue catalane, dit Olivier Peter. «Cela confirme une persécution de certaines composantes des autorités espagnoles» contre elle.

Selon l’avocat, si les autorités espagnoles n’ont pas lancé une demande d’entraide à la Suisse pour de tels actes, «il devra y avoir l’ouverture d’une plainte pénale». «Nous allons sûrement entreprendre des démarches en Suisse ou en Espagne», ajoute-t-il. Ces actes devraient être poursuivis d’office, ajoute-t-il également. «Politiquement», si l’Etat espagnol a écouté un téléphone en Suisse sans autorisation, «je trouve cela problématique et ce serait illégal», affirme Olivier Peter.

Plus de 100 personnes mises sur écoute

Ancienne députée catalane, Anna Gabriel avait quitté l’Espagne il y a plus de deux ans pour se réfugier à Genève après le référendum controversé dans sa région. La justice espagnole avait lancé début 2018 un mandat d’arrêt pour «rébellion, sédition et malversation de fonds».

Outre Anna Gabriel, l’actuel président du Parlement catalan et un autre séparatiste auraient été visés par les écoutes. Interrogé par le Guardian, le service de renseignement espagnol ne répond pas sur les allégations mais affirme «œuvrer en pleine conformité avec le système légal».

Lire également: La justice espagnole frappe durement le séparatisme catalan

Le bureau du chef du gouvernement espagnol affirme «n’avoir aucune indication» que les téléphones des trois responsables catalans auraient été infiltrés. Il ajoute que ce dispositif aurait dû bénéficier d’une autorisation judiciaire. Plus de 100 responsables gouvernementaux, activistes et dissidents de plusieurs pays auraient été affectés. Ces cyberattaques auraient eu lieu il y a un an sur deux semaines. Une fois dans le téléphone, tout le contenu est accessible aux malfrats.

La messagerie américaine a porté plainte aux Etats-Unis contre NSO. Le groupe israélien dément lui toute responsabilité et précise que seuls les clients pilotent les technologies qu’il leur vend.