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Les autorités espagnoles souhaitaient mettre les médias catalans (télévision et radio) sous tutelle pour leur rendre leur «neutralité». La chaîne TV3 a notamment été qualifiée de «propagandiste». 
© Etienne de Malglaive

Catalogne

La télévision catalane retient son souffle

Madrid veut mettre les institutions catalanes au pas. Qualifiée de «propagandiste», la chaîne publique TV3 a pour l’instant échappé à la mise sous tutelle mais les journalistes restent inquiets. Reportage

L’ébullition monte progressivement. Dans la newsroom de TV3, l’heure du téléjournal de 14h30 approche et les quelque 370 journalistes et techniciens de la chaîne publique catalane travaillent tous d’arrache-pied pour tenter de donner un peu de sens aux derniers événements politiques dans la région. Et, au vu de l’incertitude politique, les gens sont toujours plus nombreux à se tourner vers les médias pour espérer y trouver des réponses.

«On n’a jamais eu autant de téléspectateurs. L’audience des téléjournaux s’approche de celle d’un Barça-Madrid», sourit Ramón Pellicer, qui présente les informations du week-end. Quinquagénaire rutilant, cheveux poivre et sel, le journaliste vedette de TV3 a accepté de recevoir Le Temps entre deux directs dans les locaux de la télévision publique catalane, sur les hauteurs de Barcelone. Une vingtaine de médias étrangers sont passés par là ces derniers jours.

«Propagande indépendantiste» et «mensongère»

Il faut dire que la semaine précédente a été particulièrement marquée par l’actualité politique. Déclaration d’indépendance de la Catalogne, suspension de son président, dissolution du parlement, convocation d’élections anticipées: les programmes en catalan de la chaîne publique sont désormais scrutés aux quatre coins d’une Europe interloquée.

Mais, par la même occasion, la télévision catalane s’est gagné de nouveaux ennemis. Notamment le journal Le Monde, qui dans un éditorial au vitriol l’accusait de faire depuis des mois une «propagande indépendantiste simpliste et mensongère». Des accusations qui font écho à celles de «sectarisme» adressées par les autorités espagnoles qui souhaitaient mettre les médias catalans (télévision et radio) sous tutelle pour leur rendre leur «neutralité», selon les mots de la vice-présidente espagnole Soraya Saenz de Santamaria.

L’hermétisme de Madrid

Ramón Pellicer soupire. «Les gens qui nous critiquent sont les mêmes qui refusent toutes nos demandes d’interviews. Bien sûr, ils évoquent des questions d’agenda, de respect de la hiérarchie…» Et le journaliste vedette de la télévision catalane de dresser le portrait d’un gouvernement central hermétique qui préfère toujours passer par la télévision publique nationale TVE. Il enfonce le clou: «Prenez Soraya Saenz de Santamaria, par exemple. Elle est, de facto, présidente de la Catalogne depuis samedi. Mais je sais que l’on va vainement passer la journée à tenter de décrocher un commentaire. Elle a toujours refusé de passer sur TV3.»

L’amendement sur la mise au pas des médias catalans a finalement été sorti du texte plébiscité vendredi soir au Sénat espagnol. Mais la pression n’est pas retombée pour autant. «On a deux légalités qui s’opposent en ce moment, résume Ramón Pellicer. Celle de l’Etat espagnol et celle de la Generalitat catalane.» Et pour preuve: samedi, TV3 s’est à nouveau attiré les foudres de Madrid pour avoir présenté le rebelle Carles Puigdemont, lors de son allocution filmée, comme «président» de la Catalogne, alors qu’il a été destitué vendredi soir par le pouvoir central.

Sous le couvert de l’anonymat, un autre cadre de la chaîne exprime ses craintes quant à l’avenir: «Même si notre mise sous tutelle a, pour l’instant, disparu du décret, Madrid a plein d’autres manières pour conditionner notre travail. La plus évidente, ce sont les coupes financières.»

Les «amis du gouvernement»

Les médias sont également ciblés par les partisans des deux camps. Vendredi soir, le siège de Catalunya Ràdio a été attaqué par une centaine d’unionistes ultras qui ont cassé des vitres et bloqués les employés à l’intérieur en leur criant: «Voilà les amis du gouvernement!»

Ramón Pellicer préfère relativiser en imputant cela à un climat général d’agressions contre les médias mais refuse de parler de «peur» ou «d’angoisse» des journalistes. «Oui, les voitures labellisées TV3 prennent des coups sur les événements. Mais ni plus ni moins que quand on suit le Barça sur l’un de ses matches à l’extérieur.»

Les agressions concernent aussi les représentants des médias espagnols, avec des insultes ou des huées. Approchée par Le Temps devant le Palau de la Generalitat (le siège de l’exécutif) samedi, une membre de l’équipe de TeleMadrid explique: «Moi ça va, parce que je tiens la caméra. Mais, elle (en montrant la journaliste qui prépare son direct), ils la reconnaissent tout de suite parce que c’est la correspondante permanente à Barcelone.»

A chaque élection, une purge du personnel

Dans toute la péninsule Ibérique, les médias sont souvent perçus comme les représentants des politiques. La faute notamment à la mainmise des autorités sur les chaînes publiques. Ramón Pellicer a lui-même été présentateur à la télévision espagnole pendant quatre ans. Arrivé au pouvoir en 1996, le gouvernement conservateur de José Maria Aznar a remplacé tous les cadres de TVE.

Le Catalan a, lui, pu rebondir sur les chaînes régionales. Un phénomène qui est devenu normal dans la péninsule Ibérique. «C’est un métier où on a peur tous les jours pour son poste. Mais si une mise sous tutelle devait se produire, ce serait la première fois qu’on purge le personnel sans élections préalables, sans une volonté populaire de changement.»

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