Teruaki Masumoto attend le retour au Japon de sa sœur aînée depuis trente-cinq ans. Rumiko Masumoto a disparu un soir d’août 1978 avec son petit ami Suichi Ichikawa. Le couple a été aperçu pour la dernière fois sur une plage de Kagoshima, au Japon. «Je suis certain qu’elle est vivante en Corée du Nord», dit Teruaki Masumoto, les yeux creusés par la fatigue.

Appel à l’ONU

Les deux amoureux font partie des 17 cas d’enlèvement de ressortissants japonais par le régime de Pyongyang officiellement reconnus par Tokyo. L’Association des familles de victimes kidnappées par la Corée de Nord, que préside Teruaki Masumoto, en dénombre beaucoup plus. Ils seraient une centaine, selon le militant, invité la semaine dernière à Genève par des ONG et par le gouvernement japonais. En marge du Conseil des droits de l’homme, il a exhorté l’ONU à créer une commission d’enquête sur ce qu’il considère comme des crimes contre l’humanité en Corée du Nord.

A la fin des années 1970, le leader historique du régime, Kim Il-sung, s’est mis en tête de se servir de ressortissants étrangers comme professeurs, pour former des espions aux mœurs et pratiques de ses ennemis. En l’espace de quelques années, des dizaines de Japonais et de Sud-Coréens ont disparu dans des circonstances troubles. Certains auraient été mis dans des sacs puis emmenés par bateau. D’autres se seraient rendus volontairement en Corée du Nord et n’ont, depuis, plus jamais donné signe de vie.

Après des années de dénégations, Pyongyang a enfin admis, en 2002, l’enlèvement de 13 ressortissants japonais par des agents «excessivement patriotiques». Ils seraient tous morts prématurément, ont ajouté les autorités nord-coréennes, présentant comme preuve des supposés certificats de décès envoyés aux familles des victimes.

Teruaki Masumoto a reçu lui aussi le papier censé attester de la mort de sa sœur. Simple manœuvre du régime à ses yeux: «Selon eux, elle aurait succombé à une crise cardiaque à l’âge de 27 ans. Mais elle n’avait aucun problème de cœur! Tant que je ne verrai pas son corps, je continuerai à croire qu’elle est vivante», dit-il.

Durcissement de Tokyo

Le dossier des disparus empoisonne les relations diplomatiques entre Tokyo et Pyongyang depuis plusieurs décennies, au point de compromettre toute tentative de dialogue entre les deux pays. Le premier ministre Shinzo Abe, partisan d’un durcissement de la position nippone face à son voisin nord-coréen, en a fait l’un de ses sujets de campagne. Plus de trente ans après les faits, les récits de disparitions continuent à susciter l’émotion au Japon.

L’élection du très conservateur premier ministre en décembre dernier a ravi Teruaki Masumoto: «Il est le seul à vouloir agir. En ce moment, la communauté internationale est accaparée par l’essai nucléaire en Corée du Nord. Mais c’est peut-être une opportunité. Lorsque le régime sera encore plus isolé, il pourrait se tourner vers le Japon.»